ACIREPh

Communiqué sur l’épreuve de philosophie du bac 2021

vendredi 18 juin 2021 par Acireph

Malgré les demandes réitérées d’annulation, portées par l’ACIREPh et d’autres associations représentatives des professeurs de philosophie du secondaire, l’épreuve de philosophie du baccalauréat 2021 a donc eu lieu jeudi 17 juin. L’ACIREPh rappelle que les conditions dans lesquelles les élèves ont été préparés à cet examen ainsi que les aménagements qui ont été imposés par le ministère de l’Education nationale aboutissent à une rupture d’égalité des élèves devant l’examen. Ils fragilisent aussi le cadre national du baccalauréat.

Les élèves qui ont composé étaient très inégalement préparés aux épreuves. Certains ont eu cours en classe entière pendant presque toute l’année quand d’autres ont suivi l’essentiel de leur cours en demi-groupes, divisant par deux leur temps de préparation.

Les aménagements mis en place relèvent de bricolages dont les principes sont opaques et difficiles à justifier. En cela, même s’ils peuvent être à l’avantage des élèves, ils demeurent foncièrement inéquitables et fragilisent considérablement le caractère d’examen national du baccalauréat.

  • Si la note obtenue par un élève à l’examen est inférieure à sa moyenne sur l’année, alors c’est sa moyenne qui sera retenue. Cet aménagement est évidemment à l’avantage des élèves. Il n’en est pas moins inéquitable puisque l’avantage que les élèves pourront en tirer dépend largement des pratiques de notation de leur professeur pendant l’année, pratiques dont on sait qu’elles sont très variables d’un professeur à l’autre et d’un établissement à l’autre. Certes, le jury pourra réviser la note à la hausse ou à la baisse notamment « dans le cas de discordances manifestes pour l’ensemble des candidats d’un même établissement au regard des sessions précédentes ». Mais ce principe reste opaque et on aimerait que la règle qui s’applique dans ces situations soit rendue publique et justifiée. Cet aménagement conduit, de fait, à rendre facultative, pour l’obtention du baccalauréat, la participation sérieuse aux épreuves nationales : les notes de contrôle continu qui seront retenues n’auront aucunement fait l’objet d’un cadrage national publique et justifié. C’est aussi faire passer par pertes et profits la distinction pourtant essentielle entre évaluation formative qui vise à guider les apprentissages des élèves durant l’année et évaluation certificative qui vise à vérifier l’acquisition de ces apprentissages. En imposant cet aménagement, le ministère vide donc de sa signification le baccalauréat en tant qu’examen national certifiant les apprentissages des élèves à partir d’attendus définis par des programmes communs et ouvrant, de ce fait, droit aux études supérieures.
  • L’autre aménagement imposé consiste à ajouter un sujet de dissertation afin de diminuer les chances que les élèves tombent sur notions que leur professeur n’aurait pas eu le temps d’aborder en cours. Sur six sujets, trois ne mentionnent pourtant explicitement aucune notion inscrite au programme. S’il est aisé pour des professeurs de rattacher ces sujets aux notions du programme, comment croire que des élèves, dont l’année a été largement perturbée, soient en mesure de le faire aussi facilement ? Comment croire que des élèves dont près de la moitié des cours n’ont pas eu lieu seront en mesure de traiter un sujet comme « Sommes-nous responsables de l’avenir ? » ? Faut-il croire que tous les professeurs de philosophie, contraints de boucler au pas de course leur cours sur le temps, auront justement choisi d’axer leur problématique sur cette question ? Ou bien faut-il donc croire que tous les élèves auront mis à profit leur temps libre pour se lancer dans la lecture de Hans Jonas ? C’est une preuve caricaturale que la diminution du nombre de notions au programme ne diminue en rien l’indétermination de celui-ci. Le champ des questions qui peuvent tomber au bac reste tout aussi infini.

Dans ces conditions, il eût été plus équitable de neutraliser tout à fait l’épreuve de philosophie. A défaut, il eût été nécessaire d’anticiper en délimitant la portion du programme susceptible de tomber à l’examen et en engageant une réflexion critique sur la nature des épreuves de philosophie.

L’ACIREPh réaffirme son attachement au caractère national de l’examen du baccalauréat. Les aménagements imposés cette année par le ministère le fragilisent singulièrement.

L’ACIREPh rappelle enfin qu’aucune épreuve de philosophie ne saurait être véritablement équitable à moins qu’elle ne puisse être préparée par un programme réellement déterminé spécifiant précisément des attendus en termes de compétences et de connaissances.


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