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	<title>ACIREPh</title>
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		<title>ACIREPh</title>
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		<title>Un peu de s&#233;rieux !</title>
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		<dc:date>2015-08-24T07:23:29Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>


		<dc:subject>Pratiques</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>S&#233;rie technologique</dc:subject>

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&lt;p&gt;A &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at, en troisi&#232;me sujet, un texte de Hume dont la traduction fran&#231;aise comportait un contresens. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'un sujet d'examen pose probl&#232;me, et il n'y a pas qu'en philosophie que cela arrive. En revanche, cela fait longtemps que, r&#233;guli&#232;rement, des professeurs de philosophie d&#233;noncent la formulation des sujets de baccalaur&#233;at et la nature m&#234;me des &#233;preuves, au motif qu'il est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://acireph.org/mot/serie-technologique" rel="tag"&gt;S&#233;rie technologique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; l'&#233;preuve de philosophie du baccalaur&#233;at, en troisi&#232;me sujet, un texte de Hume dont la traduction fran&#231;aise comportait un contresens. Ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'un sujet d'examen pose probl&#232;me, et il n'y a pas qu'en philosophie que cela arrive. En revanche, cela fait longtemps que, r&#233;guli&#232;rement, des professeurs de philosophie d&#233;noncent la formulation des sujets de baccalaur&#233;at et la nature m&#234;me des &#233;preuves, au motif qu'il est impossible d'y pr&#233;parer s&#233;rieusement leurs &#233;l&#232;ves. Difficile, cette ann&#233;e, quand on a lu le texte de Hume en question, quand on a pein&#233; soi-m&#234;me &#224; comprendre son raisonnement, quand enfin, on a appris que ce raisonnement &#233;tait d'autant plus p&#233;nible &#224; comprendre que la traduction comportait un grave contresens, difficile, donc, pour le professeur de philosophie de r&#233;sister au sentiment que &lt;i&gt;tout cela n'est pas tr&#232;s s&#233;rieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite r&#233;sister &#224; une deuxi&#232;me r&#233;action, quasi r&#233;flexe : surtout, n'alerter ni les pouvoirs ni l'opinion publique qui, on le sait, ne pensent qu'&#224; une seule chose : liquider l'enseignement philosophique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Typique de cette r&#233;action, le communiqu&#233; de l'Appep du 22 juin 2015 : &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette attitude de protection et de d&#233;fense, adopt&#233;e maintenant depuis fort longtemps, qui explique que ce genre d'accident soit possible, et qui est contre-productive. Oui, le texte de Hume donn&#233; cette ann&#233;e aux candidats au baccalaur&#233;at technologique pose de graves probl&#232;mes et les vrais amis de l'enseignement de philosophie dans le secondaire ne doivent pas les cacher, mais au contraire, les d&#233;noncer et les analyser, ce que nous nous proposons de faire ici. S'il n'y a pas &#224; gloser sur le fait lui-m&#234;me, simplement navrant, en revanche, il est plus int&#233;ressant de s'int&#233;resser &#224; ce qui l'a rendu possible. L'on verra alors que cela touche &#224; beaucoup de choses : -# la d&#233;finition m&#234;me de l'enseignement de philosophie en classe de terminale dans les diff&#233;rentes s&#233;ries et la conception de ses programmes ; -# le sujet-texte du baccalaur&#233;at, et plus g&#233;n&#233;ralement, le statut des textes et des &#339;uvres dans l'enseignement de la philosophie ; 3-# enfin, un certain &#233;tat de la relation entre l'enseignement secondaire et la recherche en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1 Le probl&#232;me du dogme de l'enseignement philosophique un et indivisible&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, et ind&#233;pendamment de l'erreur de traduction, le texte de Hume propose un raisonnement tr&#232;s complexe, de l'avis de beaucoup&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le texte propos&#233; est en effet d'une difficult&#233; excessive, manifestement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trop complexe pour qu'un &#233;l&#232;ve moyen de s&#233;rie technologique le comprenne (on peut le regretter, mais c'est ainsi) : le probl&#232;me est ici que l'enseignement de philosophie n'a jamais pris la mesure de la d&#233;mocratisation du secondaire qui est pass&#233;e par la cr&#233;ation de nouvelles sections, adoptant au contraire le dogme que c'est le &lt;i&gt;m&#234;me&lt;/i&gt; enseignement, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; exercices, les &lt;i&gt;m&#234;mes&lt;/i&gt; textes qui &#233;taient valables pour toutes les sections : toute la philosophie, rien que la philosophie, la philosophie m&#234;me, la m&#234;me philosophie, pour tous, indiff&#233;remment. On a vu toute tentative d'adaptation comme un renoncement &#224; l'exigence et au principe d'&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en effet se m&#233;fier d'une adaptation 'sauvage' (m&#234;me si c'est ce que nous sommes dans la n&#233;cessit&#233; de pratiquer dans nos classes) ; mais entre l'adaptation per&#231;ue comme une d&#233;b&#226;cle d&#233;mocratique, et le rappel de l'exigence dite r&#233;publicaine, qui n'est pas davantage d&#233;mocratique, il y aurait tout un travail &#224; faire, qui n'a jamais &#233;t&#233; fait, de r&#233;flexion sur la d&#233;termination d'une difficult&#233; gradu&#233;e de notre enseignement : reconna&#238;tre que certains probl&#232;mes, que certains auteurs, que certains textes sont plus difficiles que d'autres, et se pr&#234;tent mieux &#224; des d&#233;butants ou &#224; des experts, conviennent mieux &#224; des &#233;l&#232;ves de s&#233;ries technologiques ou &#224; des &#233;l&#232;ves plus &#224; l'aise avec le raisonnement abstrait, cens&#233;s (on dit bien &#171; cens&#233;s &#187;) &#234;tre dans les s&#233;ries g&#233;n&#233;rales ; d&#233;terminer ces auteurs, ces probl&#232;mes, ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'un tel travail, qui aurait d&#251; &#234;tre celui de l'institution de l'enseignement de philosophie, l'inspection a beau jeu de nous reprocher collectivement d'&#233;tudier toujours les m&#234;mes &#339;uvres, telle cette inspectrice qui d&#233;plore que nous soyons trop nombreux &#224; &#233;tudier la Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e et qui d&#233;conseille l'&#233;tude de cette &#339;uvre aux jeunes coll&#232;gues. Mais pourquoi &#233;tudie-t-on cette oeuvre ? Ce travail que nous n'avons jamais fait, collectivement, chacun le fait pour son propre compte sur la base de son exp&#233;rience : quel mal &#224; expliquer une &#339;uvre courte, facile &#224; lire, qui traite de mani&#232;re simple de quelques probl&#232;mes fondamentaux ? Beaucoup d'&#339;uvres philosophiques r&#233;pondent-elles &#224; ces crit&#232;res ? Pour des &#233;l&#232;ves faibles, ou d&#233;butants, on comprend que ce texte soit pl&#233;biscit&#233;. L'on touche ici &#224; un point essentiel : &lt;i&gt;le n&#233;cessaire travail d'une didactisation r&#233;fl&#233;chie de notre discipline, s'appuyant sur une exp&#233;rience professionnelle commune&lt;/i&gt;, a toujours &#233;t&#233; rejet&#233; &#8211; autour de l'id&#233;e que la philosophie n'&#233;tait pas une discipline scolaire comme les autres&#8212; du fait que le rapport des professeurs de philosophie &#224; leur pratique (en tout cas celui du groupe dominant des professeurs de philosophie, qui d&#233;tient notamment le pouvoir de leur repr&#233;sentation et de leur contr&#244;le) semble enti&#232;rement d&#233;termin&#233; et m&#233;diatis&#233; par l'inspection qui dit la norme p&#233;dagogique et &#233;value la performance des professeurs &#224; partir de cette norme. Le jugement individualisant organisateur des carri&#232;res, et int&#233;gr&#233; au point que la norme institutionnelle est consid&#233;r&#233;e comme &lt;i&gt;naturelle&lt;/i&gt; par tous ceux qui jouent le jeu, l&#233;gitimement soucieux du d&#233;roulement de leur carri&#232;re, n'a pas favoris&#233;, c'est le moins qu'on puisse dire, la construction d'une professionnalit&#233; partag&#233;e sur une base empirique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les normes qui r&#232;glent l'usage des textes dans l'enseignement secondaire : contrairement &#224; ce qui se passe dans l'enseignement sup&#233;rieur, ils ne sont pas les supports d'un exercice d'histoire de la philosophie, mais mati&#232;re &#224; r&#233;flexion (l'explication du texte &#233;tant finalis&#233;e par la compr&#233;hension du probl&#232;me). Du coup, sont propos&#233;s aux &#233;l&#232;ves des extraits en dehors de tout contexte, et qui n'ont fait l'objet d'aucune pr&#233;paration. C'est un exemple typique de mauvaise abstraction, didactiquement ruineux : c'est s&#233;parer la compr&#233;hension d'un probl&#232;me de ses conditions de possibilit&#233;. Une &#171; p&#233;dagogie rationnelle &#187;, pour reprendre le terme de Bourdieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Critique sociale de l'&#233;cole et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, consisterait &#224; &#233;laborer le corpus des &#339;uvres philosophiques afin de les mettre au service des &#233;l&#232;ves et des effets intellectuels qu'on attend de notre enseignement (ce qui, soit dit en passant, ne s'oppose en rien &#224; une ambition culturelle). Pour cela, on ne peut se contenter de fabriquer une liste de 57 philosophes (!) dans un programme -pas plus qu'on ne peut se contenter de faire une 'liste' de notions : pas plus ici que l&#224;, une liste n'est un programme. Je pense aussi que l'on s'est trop focalis&#233;, dans les d&#233;bats pass&#233;s, sur le programme de notions : on ne s'est pas int&#233;ress&#233; suffisamment au programme-liste des auteurs (un non-programme, en r&#233;alit&#233;, qui fonctionne surtout implicitement comme marqueur de la valeur des professeurs selon les choix qu'ils op&#232;rent dans ce programme), alors que c'est lui qui commande la troisi&#232;me &#233;preuve du baccalaur&#233;at, et, aussi indirectement que clandestinement, l'ensemble de notre enseignement. Il faudrait s'engager dans un travail de fond et ne pas accepter comme tel l'&#233;clectisme philosophique qui s'impose aujourd'hui &#224; travers cette liste d'auteurs, avec ses effets p&#233;dagogiques d&#233;l&#233;t&#232;res. Peut-&#234;tre faudrait-il en revenir &#224; un programme d'&#339;uvres, comme c'&#233;tait le cas avant les programmes de 1973, mais non pas en suivant les crit&#232;res d'alors (les chefs d'&#339;uvre des 'grands' philosophes, impos&#233;s comme des &#233;vidences par une certaine id&#233;e de la culture philosophique l&#233;gitime et nationale), mais d'&#339;uvres d&#233;termin&#233;es pour leur int&#233;r&#234;t didactique pour tels ou tels probl&#232;mes, et class&#233;es selon un indice de difficult&#233;, qui rendrait impossible de donner &#224; des &#233;l&#232;ves faibles ou d&#233;butants des textes trop compliqu&#233;s. Il faut ajouter que, contrairement aux listes restreintes d'&#339;uvres des programmes ant&#233;rieurs &#224; 1973, c'est l'ensemble des &#339;uvres philosophiques qui devrait &#234;tre l'objet de ce travail (y compris les &#339;uvres contemporaines -o&#249; l'on voit qu'il y aurait aussi un effet de d&#233;verouillage par rapport &#224; une certaine id&#233;e normative de la culture l&#233;gitime). Au lieu d'arr&#234;ter une liste dans un programme, l'urgence est d'entreprendre un travail utile de didactisation rationnelle de notre discipline qui repose sur d'autres normes que celles du jugement de valeur (port&#233;es par le groupe dominant) -travail que toutes les 'listes' de tous nos 'programmes' ont toujours eu pr&#233;cis&#233;ment pour fonction, ou en tout cas pour effet, d'emp&#234;cher, le bon professeur pouvant se targuer de &#171; faire &#187; le programme sans difficult&#233;, et l'excellent mettant m&#234;me son point d'honneur &#224; le m&#233;priser pour n'avoir &#224; faire qu'&#224; la chose m&#234;me : la philosophie. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, Epicure est bien dans la liste des auteurs, mais c'est un signe de m&#233;diocrit&#233; professionnelle que d'&#233;tudier ses &#339;uvres. Un tel syst&#232;me du jugement est d&#233;sastreux en pratique, surtout pour les &#233;l&#232;ves les moins familiers avec la culture philosophique, et qui ont le plus de difficult&#233; avec les raisonnements abstraits. Il est d&#233;sastreux aussi dans les &#233;preuves de baccalaur&#233;at et dans le choix des sujets : &#224; la hantise de la &#171; question de cours &#187; en dissertation, r&#233;pond celle du texte pr&#233;par&#233;, qui seraient comme une prime aux m&#233;diocres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail institutionnel de d&#233;termination de notre discipline comme discipline de l'enseignement secondaire a &#233;t&#233; fait &#224; une &#233;poque o&#249; la sociologie de l'enseignement secondaire n'avait rien de commun avec celle d'aujourd'hui. L'extension de l'enseignement de philosophie &#224; l'ensemble des sections g&#233;n&#233;rales et technologiques a &#233;t&#233; con&#231;ue par l'inspection et le groupe professionnel dominant, d&#232;s 1965, comme l'extension, &#224; toutes les sections, de l'enseignement &lt;i&gt;total&lt;/i&gt; de la philosophie qui avait cours dans la classe de Philosophie &#8211;totalit&#233; qui demeurait quand bien m&#234;me le programme &#233;tait tronqu&#233; d'un nombre plus ou moins important de notions dans la liste, et l'horaire, tronqu&#233; d'un certain nombre d'heures-. Dans toutes les sections, c'est le m&#234;me esprit, les m&#234;mes exercices (ou &#224; peu pr&#232;s), les m&#234;mes normes d'&#233;valuation qui devaient s'appliquer. Il faut remonter &#224; ce niveau d'explication pour comprendre que soit donn&#233; &#224; l'&#233;preuve de philosophie des s&#233;ries technologiques, un texte de Hume aujourd'hui, un texte de Bachelard, hier, que n'importe quel praticien empirique jugera hors de port&#233;e des &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#8211;et m&#234;me g&#233;n&#233;rales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il ne sert &#224; rien d'objecter ici qu'il existe des proc&#233;dures de tests des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 Le probl&#232;me du statut du texte dans l'enseignement secondaire de philosophie.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de l'&#233;tude d'extraits de textes de premi&#232;re main dans le cours de philosophie -favoris&#233;e par l'inspection &#224; partir de l'apr&#232;s-guerre, pour &#233;viter le cours de 'vulgarisation' des connaissances philosophiques ; l'introduction &#224; la fin des ann&#233;es 60 d'un sujet texte au baccalaur&#233;at (m&#234;me si, au d&#233;but, il &#233;tait con&#231;u comme mati&#232;re &#224; disserter), tout cela est tr&#232;s probl&#233;matique : probl&#232;me pour le professeur (comment ins&#233;rer l'explication d'extraits d'&#339;uvres dans son cours) ; pour le professeur-concepteur de sujet ou auteur de manuel (probl&#232;me de l'&#233;valuation de la difficult&#233; d'un texte, de son d&#233;coupage...) ; probl&#232;me, surtout, pour l'&#233;l&#232;ve (comment comprendre un texte tomb&#233; du ciel, la consigne indiquant que 'la connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise' ne lui &#233;tant gu&#232;re d'un grand secours s'il commet effectivement un contresens tenant &#224; son ignorance de l'&#339;uvre). Au n&#233;cessaire travail de didactisation du corpus des &#339;uvres philosophiques, dans le cadre de ce qui devrait &#234;tre la d&#233;termination enfin s&#233;rieuse d'un enseignement de philosophie d&#233;mocratique dans l'enseignement secondaire, il faut ajouter une r&#233;flexion, l&#224; aussi enfin s&#233;rieuse, sur l'usage de l'extrait de texte philosophique dans notre enseignement -et a fortiori comme &#233;preuve de baccalaur&#233;at ; mais aussi, plus g&#233;n&#233;ralement, sur l'usage des &#339;uvres dans notre enseignement, et son articulation au cours. Si nous sommes nombreux &#224; &#233;tudier avec nos &#233;l&#232;ves la Lettre &#224; M&#233;n&#233;c&#233;e, c'est aussi, sinon surtout, parce qu'il s'agit d'une &#339;uvre courte, synth&#233;tique. Par ailleurs, nous savons tous que nos &#233;l&#232;ves ont du mal &#224; lire &#8211;et certains m&#234;mes &#224; d&#233;chiffrer. Le moyen d'&#233;tudier une &#339;uvre de 3OO pages, et m&#234;me, d'en &#233;tudier de 'larges extraits', &#224; raison de 3 ou 4 heures de cours par semaine ? En une heure de cours, peut-on esp&#233;rer expliquer plus d'une page, au maximum deux, un tant soit peu compliqu&#233;es avec nos &#233;l&#232;ves ? Faisons nos calculs : combien d'heures pour expliquer de 'larges extraits' d'une &#339;uvre philosophique ? La 'liste' des notions se rappelle alors &#224; son bon souvenir !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'introduction de la demande du 'retour au texte original' &#224; partir des ann&#233;es 1950 s'est ajout&#233;e &#224; l'enseignement traditionnel de la philosophie (le cours magistral) sans que personne n'ait jamais pris en consid&#233;ration les difficult&#233;s didactiques que cela posait (probl&#232;mes de temps, d'articulation, de compatibilit&#233; entre des p&#233;dagogies h&#233;t&#233;rog&#232;nes). Le retour au texte est n&#233; en r&#233;action &#224; un enseignement de philosophie qui s'en tenait trop &#224; des donn&#233;es de seconde main &#8211;&#224; ce qu'on appelait avec m&#233;pris, alors, une vulgarisation. Mais on a sans doute sous-estim&#233; la difficult&#233; th&#233;orique de la grande majorit&#233; des textes philosophiques, et, partant, la difficult&#233; p&#233;dagogique que pose leur &#233;tude dans l'enseignement secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'id&#233;e de confronter les &#233;l&#232;ves &#224; un texte philosophique en l'absence de toute pr&#233;paration, elle ajoute encore &#224; la difficult&#233;. Sa justification n'est pas, quoi qu'on en dise, que l'&#233;tude du texte isol&#233; serait consubstantielle &#224; la pratique de la philosophie, comme le clame une rh&#233;torique professionnelle prompte &#224; naturaliser comme intrins&#232;quement philosophique les exercices choisis par l'institution pour recruter ses membres en France (voir point 3). Elle proc&#232;de bien plut&#244;t de l'ancien syst&#232;me de valeurs de l'enseignement secondaire, quant il &#233;tait domin&#233; par les humanit&#233;s : juger de &lt;i&gt;l'intelligence&lt;/i&gt; du candidat, elle-m&#234;me mesurable &#224; sa capacit&#233; &#224; comprendre 'le probl&#232;me dont il est question' &#8211;ledit probl&#232;me ne pouvant en r&#233;alit&#233; &#234;tre compris, &#224; la diff&#233;rence d'un probl&#232;me de math&#233;matiques, que par la possession d'une solide culture philosophique. A ce compte, nous sommes nombreux &#224; nous dire, en lisant les copies, que bien peu de nos &#233;l&#232;ves sont intelligents : c'est &#224; peu pr&#232;s le seul effet induit par l'exercice et le syst&#232;me de valeurs qui le sous-tend. L&#224; encore, cela fait bien longtemps que certains font remarquer qu'il faudrait changer ce syst&#232;me de valeurs r&#233;siduel, et s'engager dans une logique de formation, la seule qui soit v&#233;ritablement d&#233;mocratique. Aux termes de cette logique, il conviendrait de travailler une &#339;uvre (et pas n'importe laquelle, cf. point 1) avec les &#233;l&#232;ves dans l'ann&#233;e, et de les interroger sur un extrait de cette &#339;uvre au baccalaur&#233;at. Supposons que l'on ait mis au programme obligatoire, au cours de l'ann&#233;e, l'&#233;tude de l'&#339;uvre de Hume, ou du chapitre dont un extrait a &#233;t&#233; propos&#233; aux &#233;l&#232;ves au baccalaur&#233;at, parce qu'on estime n&#233;cessaire de faire r&#233;fl&#233;chir les &#233;l&#232;ves au sujet de la croyance : les &#233;l&#232;ves auraient eu les moyens de comprendre et le texte, et le probl&#232;me. Supposons m&#234;me que, coquille ou faute d'inattention du professeur copiste ou du typographe, un &#233;tat du texte comportant un contresens soit donn&#233; aux &#233;l&#232;ves : l'&#233;tude pr&#233;alable de la pens&#233;e de l'auteur aurait peut-&#234;tre permis la compr&#233;hension globale du texte, alors que celle-ci est absolument impossible quand les &#233;l&#232;ves ne disposent que d'un extrait isol&#233; et ne peuvent compter que sur les phrases qui le composent pour reconstituer le sens : aucune possibilit&#233;, alors, de distinguer le sens et le contresens et de corriger le sens de la phrase erron&#233;e par la connaissance de la th&#232;se que d&#233;veloppe l'auteur dans son livre ou dans un de ses chapitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 Probl&#232;mes pos&#233;s par le fait de donner un texte erron&#233; au baccalaur&#233;at. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici la phrase du texte incrimin&#233;e : &#171; La passion de surprise et d'&#233;merveillement qui &lt;strong&gt;produit&lt;/strong&gt; des miracles, &#233;tant une agr&#233;able &#233;motion, produit une tendance sensible &#224; croire aux &#233;v&#233;nements d'o&#249; elle d&#233;rive &#187;. La phrase anglaise est : &#171; The passion of surprise and wonder, arising from miracles, being an agreeable emotion, gives a sensible tendency towards the belief of those events, from which it is derived &#187; (David Hume, &lt;i&gt;An Inquiry concerning human understanding&lt;/i&gt;, section X, partie 2, version &#233;lectronique scann&#233;e &#224; partir de l'&#233;dition Harvard Classics, volume 37, 1910, http//&lt;a href=&#034;http://www.18th.eserver.org/hume-enquiry.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;www.18th.eserver.org/hume-enquiry.html&lt;/a&gt;). La traduction correcte, que l'on trouve par Didier Deleule dans l'&#233;dition Int&#233;grale Philo chez Nathan, est : &#171; La passion de surprise et d'&#233;merveillement qui &lt;strong&gt;provient&lt;/strong&gt;&lt;i&gt; des&lt;/i&gt; miracles, &#233;tant une agr&#233;able &#233;motion, produit une tendance sensible &#224; croire aux &#233;v&#233;nements dont elle d&#233;rive &#187;. Dans l'&#233;dition Garnier-Flammarion de 1983 la traduction de Michelle Beyssade est l&#233;g&#232;rement diff&#233;rente quant &#224; la forme, mais identique &#224; celle de Deleule quant au sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re r&#233;flexion qu'inspire ce rat&#233; est qu'on peut retrouver au baccalaur&#233;at un texte comportant un grossier contresens sans que personne n'ait apparemment pris la peine de le v&#233;rifier, que ce soit avant l'impression ou apr&#232;s ; sans qu'apparemment personne n'ait, relisant le texte, not&#233; un probl&#232;me dans le raisonnement, ce qui, pour des philosophes, est encore plus g&#234;nant ! On n'a m&#234;me pas l'excuse d'un sujet long, o&#249; il est plus probable de faire une erreur de copie sur un signe ou un chiffre. Ce n'est pas vouloir la mort de la philosophie que d'avouer que &#231;a fait tout de m&#234;me d&#233;sordre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. Au-del&#224; de ce ratage particulier, on peut interroger la pratique de l'explication d'un extrait de texte isol&#233;, quand on sait que circulent, &#224; travers les manuels, et aujourd'hui, les sites internet et autres banques de donn&#233;es, des textes mal traduits ou mal d&#233;coup&#233;s&#8211; et internet ne fait que multiplier la circulation de textes hors de tout contr&#244;le savant et appareil critique. Le risque que des &#233;tats fautifs de textes circulent est multipli&#233;. &lt;strong&gt;Cela devrait suffire &#224; dissuader d&#233;finitivement de la pratique de l'extrait s&#233;par&#233; de l'&#339;uvre&lt;/strong&gt;. L&#224; aussi, on ne peut pas se contenter de souhaiter &#171; qu'&#224; l'avenir, les sujets soient confectionn&#233;s avec plus de soin &#187;. Le conseil est bon, certes, et nous l'approuvons tous ; mais le souhait ne co&#251;te pas cher. Surtout, il n'emp&#234;chera jamais l'erreur, pas davantage que le test des sujets n'offrira la garantie qu'un sujet mal formul&#233; ou trop difficile ne tombera pas au bac. Et qu'on n'objecte pas ici que les erreurs sont rares. Toute proportion gard&#233;e, bien s&#251;r, ce n'est pas un argument davantage recevable que celui qui consisterait &#224; justifier la peine de mort en arguant que les erreurs judiciaires sont rares. En revanche, qu'un seul innocent soit ex&#233;cut&#233; est un argument suffisant pour demander l'abolition de cette peine. Dans les deux cas, le fait de l'erreur, f&#251;t-il unique, est un scandale dans la mesure o&#249; il est irr&#233;parable &#8211;et d'autant plus irr&#233;parable que le texte est court et que les conditions contextuelles d'&#233;tablissement du sens manquent, qui pourraient &#233;ventuellement redresser l'erreur ponctuelle. Cet argument, s'il est valable, devrait donc suffire pour demander &lt;i&gt;l'abolition&lt;/i&gt; de cette &#233;preuve du Baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons encore plus loin. Les oeuvres ne circulent pas comme les textes, et &#233;tudier une &#339;uvre exige au pr&#233;alable de se poser la question des sources : auteur, &#233;diteur, date d'&#233;dition, traducteur, etc. On rentre d'embl&#233;e dans une d&#233;marche critique qui est la norme dans l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche et de la pratique intellectuelle en g&#233;n&#233;ral. Qu'est-il arriv&#233; &#224; l'enseignement secondaire de philosophie pour qu'il soit possible de n'y retrouver aucune trace de l'exigence critique &#224; l'&#233;gard de l'&#233;tablissement d'un texte, de la part de professionnels de l'explication de textes ? On peut proposer maintenant une autre lecture de la consigne adress&#233;e aux &#233;l&#232;ves : 'La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise'. En la renversant de mani&#232;re plaisamment pol&#233;mique, on pourrait presque entendre : 'L'exigence de rigueur scientifique, requise dans l'enseignement sup&#233;rieur et la recherche, n'est pas requise des professeurs de philosophie de l'enseignement secondaire'. La philosophie en terminale serait en somme une histoire racont&#233;e par des charlots &#224; des idiots ; &#224; moins que les professeurs de philosophie du secondaire ne soient plus eux-m&#234;mes que les idiots utiles de l'enseignement sup&#233;rieur et de la recherche en philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on force le trait. Mais, finalement, ce contresens &#233;norme dans un sujet de bac exprime assez bien l'&#233;tat des relations entre les deux enseignements : autrefois central, l'enseignement secondaire est aujourd'hui un sous-enseignement universitaire, qui ne r&#233;pond plus aux normes en vigueur dans la recherche parce qu'il a fait le choix de s'en couper &#224; la fin des ann&#233;es 1950. Disant cela, il ne s'agit pas de reprocher aux professeurs de philosophie, individuellement, de ne pas faire de th&#232;se, mais plut&#244;t de critiquer une institution qui a d&#233;lib&#233;r&#233;ment maintenu, sous le nom de programme de philosophie, l'objet traditionnel de l'enseignement secondaire de la philosophie depuis son institution par Victor Cousin (une philosophie g&#233;n&#233;rale, &#233;ternelle, &#233;clectique) et l'a coup&#233; des objets et des m&#233;thodes critiques de la recherche vivante en philosophie et en sciences humaines ; qui a p&#233;rennis&#233; des pratiques, notamment dans le rapport aux textes, qui tournent le dos &#224; l'esprit et aux valeurs de la recherche. Une critique compl&#232;te en viendra &#224; interroger la formation que re&#231;oivent les &#233;tudiants/futurs professeurs de philosophie &#224; l'Universit&#233; (une formation qui peut ne comporter aucun enseignement scientifique) ainsi que les &#233;preuves m&#234;mes de recrutement (les m&#234;mes que les &#233;preuves de baccalaur&#233;at), qui ne valorisent pas les comp&#233;tences qui font le chercheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne va pas ici instruire de nouveau la critique de l'Agr&#233;gation au nom m&#234;me des exigences de la science : de grands esprits, aussi divers que Durkheim ou Aron, l'ont fait en vain. En revanche, on peut d&#233;noncer une d&#233;rive formaliste qui fait que, moins notre enseignement secondaire de la philosophie a d'objet, plus il est en r&#233;alit&#233;, pour n'&#234;tre pas tout &#224; fait vide, un enseignement g&#233;n&#233;raliste de l'histoire de la philosophie par des professeurs qui sont cens&#233;s ne pas enseigner l'histoire de la philosophie ! Il ne faut pas chercher ailleurs cette sorte de surench&#232;re par laquelle on investit les pratiques d'enseignement, dans ce qu'elles ont de formel, de ce qu'il y aurait de sp&#233;cifiquement et de substantiellement philosophique dans l'enseignement secondaire de la philosophie. On en vient ainsi &#224; consid&#233;rer qu'on ne peut pas philosopher autrement qu'en faisant des le&#231;ons, &#224; l'oral, et des dissertations et des explications d'extraits de textes, &#224; l'&#233;crit ; que les &#233;preuves de l'Agr&#233;gation et du Capes sont les formes &#171; naturelles &#187; du philosopher. La forme occupe la dignit&#233; du fond, qui manque. Laissant ici de c&#244;t&#233; la le&#231;on et la dissertation, on peut dire que s'est d&#233;velopp&#233; un v&#233;ritable &lt;i&gt;f&#233;tichisme du texte&lt;/i&gt;, dans notre profession, au sens o&#249; notre objet d'&#233;tude, ce sont des textes, et non plus les r&#233;alit&#233;s auxquelles les textes font r&#233;f&#233;rence. Cens&#233;s &#224; l'origine revitaliser l'enseignement de philosophie, les textes de premi&#232;re main, sous la forme d'extraits pl&#233;thoriques et compil&#233;s, sont aujourd'hui la &lt;i&gt;mati&#232;re&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#233;clat&#233;e&lt;/i&gt; de notre enseignement, qui s'apparente &#224; une histoire &#233;clectique de la philosophie par les textes qui ne dit pas son nom. Pas &#233;tonnant si les textes donn&#233;s au bac, ni si notre enseignement tout entier o&#249; les &#171; extraits &#187; occupent une place aussi importante, n'a aucun sens ni aucune esp&#232;ce d'int&#233;r&#234;t pour de nombreux &#233;l&#232;ves (la capacit&#233; de voir l'int&#233;r&#234;t &lt;i&gt;philosophique&lt;/i&gt; d'un texte &#233;tant acquise pr&#233;cis&#233;ment, au cours de nos &#233;tudes sup&#233;rieures, par &lt;i&gt;la pratique de l'histoire de la philosophie&lt;/i&gt;, laquelle est interdite dans l'enseignement secondaire !). Dans ces conditions, sommes-nous s&#251;rs de ne pas rendre nos &#233;l&#232;ves idiots, alors que, d&#233;sireux de r&#233;fl&#233;chir sur, et de &lt;i&gt;parler&lt;/i&gt; de la r&#233;alit&#233; (aussi probl&#233;matique soit ce concept), ils voient diriger leur curiosit&#233; vers les textes &#8211;&lt;i&gt;&#233;crits&lt;/i&gt;- qui indiquent cette r&#233;alit&#233;, comme si nous les d&#233;tournions de regarder la lune pour leur faire voir notre doigt qui la leur montre ? La question est tr&#232;s s&#233;rieuse. C'est que l'explication d'un texte philosophique n'a pas d'int&#233;r&#234;t philosophique, et pas davantage p&#233;dagogique, en dehors du travail rigoureux et m&#233;thodique qui r&#232;gle la pratique de l'histoire de la philosophie et en assure toute la port&#233;e formatrice. Si on enseigne l'histoire de la philosophie dans le secondaire, alors disons-le et faisons-le bien &#8211;plut&#244;t que le nier et le faire mal. Sinon, on rentre dans un r&#233;gime du sens et du signe un peu fou : s'il est vrai qu'il n'y a d'enseignement que par signes, la mani&#232;re dont nous enseignons la philosophie par les textes ob&#233;it &#224; un r&#233;gime d'abstraction qui fait obstacle &#224; sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que si l'on a raison de ne pas vouloir enseigner l'histoire de la philosophie dans le secondaire, mais seulement dans le sup&#233;rieur (outre que cela pose au moins la question de l'articulation entre la formation re&#231;ue par les &#233;tudiants de philosophie et l'enseignement qu'ils donneront quand ils seront professeurs du secondaire !) ; que si l'on prend au mot le discours kantien de l'institution : &#171; On n'enseigne pas la philosophie, on apprend &#224; philosopher &#187; ; alors, il me semble que l'on s'y est tr&#232;s mal pris en adoptant cette solution de compromis qui consiste &#224; utiliser les textes philosophiques d&#233;contextualis&#233;s dans une d&#233;marche r&#233;flexive totalement abstraite. Revitaliser aujourd'hui l'enseignement secondaire de la philosophie demande de d&#233;noncer et de lutter contre ce &lt;i&gt;f&#233;tichisme et cet &#233;clectisme textuels&lt;/i&gt;. Soit un &#233;l&#232;ve de terminale qui arrive en cours de philosophie avec beaucoup de demandes, de questions, d'app&#233;tit. Que lui faisons-nous ? Nous lui faisons &#171; manger &#187; des textes, et encore des textes, &#224; longueur d'ann&#233;e, nous qui sommes les premiers &#224; dire &#224; nos &#233;l&#232;ves qu'ils doivent penser par eux-m&#234;mes ! Le cours en est truff&#233;, et quand on ne fait pas cours, on lit des textes, jusqu'&#224; saturation. O&#249; est la coh&#233;rence ? C'est oublier que la recherche porte sur les choses m&#234;mes. Il faudrait plaider aujourd'hui pour un &#171; retour aux choses m&#234;mes &#187; dans l'enseignement secondaire et d&#233;terminer, autour des textes, les probl&#232;mes que la soci&#233;t&#233; juge importants d'&#233;lucider et sur lesquels la philosophie a quelque chose &#224; apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, si le texte ne fait plus toujours signe vers des probl&#232;mes qui font sens pour nos &#233;l&#232;ves, c'est aussi parce que le principe de la d&#233;termination de la liste des auteurs fonctionne comme un principe de d&#233;nombrement et de d&#233;finition des philosophes : en disant qui en est, elle dit implicitement qui n'en est pas. Cela revient &#224; d&#233;terminer de mani&#232;re &#233;troite un probl&#232;me philosophique, et induit notamment l'oubli d'un principe fondamental auquel tenait un Canguilhem, &#224; savoir que la philosophie entretient un rapport constitutif au non-philosophique. Pour cela, il faut d&#233;senclaver le philosophique des seuls textes des philosophes o&#249; l'on croit exclusivement le trouver, et consid&#233;rer que le philosophe ne devrait pas d&#233;daigner l'&#233;tude de documents constitu&#233;s en dehors de sa discipline&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; l'entreprise &#233;ditoriale marquante de Georges (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; - arts, sciences naturelles, sciences humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, repenser un enseignement de philosophie dramatiquement monolithique ; concevoir de nouveaux programmes par rapport aux actuels programmes de notions &lt;i&gt;et d'auteurs&lt;/i&gt; et de nouvelles &#233;preuves d'examen ; enfin, rapprocher l'enseignement et la recherche en philosophie et d&#233;jouer la cl&#244;ture scolastique de l'enseignement secondaire de la philosophie en r&#233;apprenant &#224; travailler sur des &lt;i&gt;documents&lt;/i&gt; et non sur des seuls &lt;i&gt;textes&lt;/i&gt; est une triple n&#233;cessit&#233;. C'est n&#233;cessaire pour redonner &#224; l'enseignement de philosophie dans le secondaire un contenu, un int&#233;r&#234;t, et le faire correspondre &#224; des enjeux contemporains que puissent saisir les &#233;l&#232;ves des classes terminales ; mais c'est n&#233;cessaire d'abord pour lui redonner tout simplement &lt;i&gt;un peu de s&#233;rieux&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Typique de cette r&#233;action, le communiqu&#233; de l'Appep du 22 juin 2015 : &#171; L'Appep esp&#232;re qu'&#224; l'avenir, les sujets de philosophie seront produits avec soin et que les erreurs de confection de ce sujet ne serviront pas de pr&#233;texte &#224; une remise en cause de l'&#233;preuve de philosophie du Baccalaur&#233;at &#187;. Et pourquoi pas ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le texte propos&#233; est en effet d'une difficult&#233; excessive, manifestement inadapt&#233;e au niveau des &#233;l&#232;ves de terminale et de nature &#224; d&#233;courager les plus s&#233;rieux d'entre eux &#187;, Communiqu&#233; de l'Appep, 22 juin 2015&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je me permets de renvoyer &#224; mon article &#171; Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu &#187;, publi&#233; dans le n&#176; 16 de &lt;i&gt;C&#244;t&#233;-Philo, Le journal de l'enseignement de la philosophie&lt;/i&gt;, juin 2012&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il ne sert &#224; rien d'objecter ici qu'il existe des proc&#233;dures de tests des sujets, puisque ces proc&#233;dures n'ont jamais emp&#234;ch&#233; des choix de sujets aberrants. Ce qui ce comprend facilement : le syst&#232;me du jugement professionnel ne cesse pas de s'exercer sur le professeur-testeur, et ce serait reconna&#238;tre sa m&#233;diocrit&#233; que de recaler des textes trop difficiles ; au contraire, c'est sa propre valeur professionnelle que l'on affirme en consid&#233;rant qu'un texte n'est pas difficile en soi parce qu'il ne l'est pas pour soi, ou en pensant que, parce que l'on s'estime un &#171; bon professeur &#187;, &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; &#233;l&#232;ves pourraient l'expliquer facilement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous faisons r&#233;f&#233;rence &#224; l'entreprise &#233;ditoriale marquante de Georges Canguilhem qui cr&#233;a chez Hachette la collection &lt;i&gt;Textes et documents philosophiques&lt;/i&gt;, dont le premier volume parut en 1952 (&#171; Besoins et tendances &#187;). Cette entreprise reposait sur l'id&#233;e que la philosophie s'exer&#231;ait sur une mati&#232;re &#233;trang&#232;re &#224; la philosophie. Les ouvrages de cette collection &#233;taient mixtes, r&#233;unissant, ou confrontant, des textes philosophiques et des documents scientifiques, les uns relevant de l'autorit&#233;, les autres, de la raison, comme s'en explique Canguilhem lui-m&#234;me dans la pr&#233;sentation du premier volume. Le programme d'auteurs en vigueur depuis 1973, m&#234;me si la liste des auteurs a &#233;t&#233; augment&#233;e depuis, semble avoir fait basculer notre enseignement tout entier du c&#244;t&#233; du seul principe d'autorit&#233; sans que l'on s'en rende bien compte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;mocratisation de l'enseignement et ses enjeux dans l'enseignement philosophique : une perspective historique</title>
		<link>https://acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/la-democratisation-de-l-enseignement-et-ses-enjeux-dans-l-enseignement</link>
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		<dc:date>2013-10-20T15:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>


		<dc:subject>Enseignement</dc:subject>
		<dc:subject>Programmes</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie</dc:subject>
		<dc:subject>Baccalaur&#233;at</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Article paru dans C&#244;t&#233;-Philo n&#176;18 - Juin 2014 &lt;br class='autobr' /&gt;
Par Herv&#233; BOILLOT, professeur de philosophie, docteur, auteur de la th&#232;se : Enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es en France : un m&#233;tier immuable ? 1945-2003 &lt;br class='autobr' /&gt; Le th&#232;me de cette table ronde &#233;tant la d&#233;mocratisation de l'enseignement, je vais m'efforcer de pr&#233;senter comment elle s'est pr&#233;sent&#233;e pour l'enseignement de la philosophie et pour les professeurs de philosophie, &#224; la lumi&#232;re de ma recherche, qui m'a conduit &#224; revenir sur les soixante (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://acireph.org/mot/enseignement" rel="tag"&gt;Enseignement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://acireph.org/mot/programmes" rel="tag"&gt;Programmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://acireph.org/mot/philosophie" rel="tag"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://acireph.org/mot/baccalaureat" rel="tag"&gt;Baccalaur&#233;at&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru dans C&#244;t&#233;-Philo n&#176;18 - Juin 2014&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par &lt;strong&gt;Herv&#233; BOILLOT&lt;/strong&gt;, professeur de philosophie, docteur, auteur de la th&#232;se : &lt;i&gt;Enseigner la philosophie dans les lyc&#233;es en France : un m&#233;tier immuable ? 1945-2003&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le th&#232;me de cette table ronde &#233;tant la d&#233;mocratisation de l'enseignement, je vais m'efforcer de pr&#233;senter comment elle s'est pr&#233;sent&#233;e pour l'enseignement de la philosophie et pour les professeurs de philosophie, &#224; la lumi&#232;re de ma recherche, qui m'a conduit &#224; revenir sur les soixante derni&#232;res ann&#233;es, environ, de l'enseignement de cette discipline, &#224; travers l'examen de la litt&#233;rature professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par pr&#233;ciser dans quel sens j'entends la d&#233;mocratisation de l'enseignement. A partir de 1945, il s'agit de l'extension de l'acc&#232;s de l'enseignement secondaire aux classes sociales qui en &#233;taient exclues avant guerre. Cela a signifi&#233; d'abord une augmentation des effectifs scolaris&#233;s dans le secondaire. En termes de structures, on est pass&#233; d'une organisation en ordres &#224; une organisation unifi&#233;e dans laquelle le secondaire prolonge le primaire. De 1945 &#224; 1975, les r&#233;formes concernent essentiellement le premier cycle du secondaire jusqu'au coll&#232;ge unique ; parall&#232;lement, dans le second cycle du secondaire, on multiplie les fili&#232;res et les baccalaur&#233;ats (g&#233;n&#233;raux, technologiques puis professionnels) aussi bien pour adapter l'enseignement &#224; la structure des emplois que pour l'adapter &#224; la diversit&#233; des go&#251;ts et des aptitudes d'&#233;l&#232;ves de plus en plus nombreux. La d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire n'a pas toujours &#233;t&#233; le but poursuivi, mais un effet induit d'une politique de modernisation, visant &#224; rationaliser la relation formation- emploi -ce qui complique la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours est-il que les enjeux de cet aspect de la d&#233;mocratisation sont les suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. La massification s'est m&#233;caniquement traduite par l'augmentation des &#233;l&#232;ves &#171; non dou&#233;s &#187; selon les crit&#232;res de l'ancien secondaire, dont les &#233;l&#232;ves &#233;taient tri&#233;s &#224; l'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Quant &#224; la multiplication des fili&#232;res et des baccalaur&#233;ats, elle a donn&#233; lieu &#224; leur mise en concurrence et &#224; leur hi&#233;rarchisation, et indirectement, &#224; la mise en concurrence et &#224; la hi&#233;rarchisation des disciplines qui formaient l'enseignement principal de ces sections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le premier enjeu de la d&#233;mocratisation est l'enjeu p&#233;dagogique.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; non p&#233;dagogie &#187; pratiqu&#233;e traditionnellement par l'enseignement secondaire qui s'adressait &#224; des &#233;l&#232;ves culturellement pr&#233;dispos&#233;s &#224; recevoir la culture scolaire a &#233;t&#233; profond&#233;ment interrog&#233;e par la pr&#233;sence de plus en plus nombreuse d'&#233;l&#232;ves qui n'avaient pas ces pr&#233;dispositions. De l&#224; vient que la d&#233;mocratisation du secondaire est devenu l'enjeu d'un conflit entre les professeurs qui voulaient, et qui g&#233;n&#233;ralement, pouvaient, perp&#233;tuer dans leurs pratiques la non p&#233;dagogie propre &#224; la transmission d'une culture, et ceux qui, par n&#233;cessit&#233; ou par engagement, ne pouvaient ou ne voulaient pas perp&#233;tuer une non p&#233;dagogie socialement discriminante. La formulation et la prise de conscience de cet enjeu de la d&#233;mocratisation chez les enseignants a surtout &#233;merg&#233; dans la contestation de mai 1968 et des mois qui ont suivi, sous la forme d'une opposition de la culture et de la p&#233;dagogie, pour reprendre le titre &#233;ponyme d'un livre d'Andr&#233; de Perretti publi&#233; en 1972. Examiner la question de la d&#233;mocratisation, c'est donc examiner la mani&#232;re dont l'enjeu p&#233;dagogique s'est pr&#233;sent&#233; aux professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le second enjeu de la d&#233;mocratisation est l'enjeu institutionnel.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne concerne pas directement les pratiques de l'enseignement de la philosophie, mais la mani&#232;re dont les professeurs de philosophie, que leur association professionnelle s'est efforc&#233;e de constituer en acteur collectif solidaire de l'inspection g&#233;n&#233;rale, ont abord&#233; les changements structurels de l'enseignement secondaire. Cela, c'est ce que nous appelons la &#171; politique de l'enseignement de la philosophie &#187;. Les professeurs de philosophie ont d&#233;ploy&#233;, &#224; travers l'inspection et leur association, qui fut longtemps unique, une strat&#233;gie par rapport &#224; la cr&#233;ation de sections nouvelles et de plus en plus nombreuses de l'enseignement secondaire. La d&#233;mocratisation de l'enseignement s'est alors pos&#233;e, aux professeurs de philosophie, &#224; travers les questions suivantes : doit-on enseigner la philosophie dans toutes les sections de l'enseignement g&#233;n&#233;ral, technologique, professionnel ? A raison de combien d'heures par semaine ? Doit-on enseigner la m&#234;me philosophie, &#224; travers les m&#234;mes programmes, et de la m&#234;me mani&#232;re, &#224; tous, ou faut-il penser un enseignement philosophique diff&#233;rent selon qu'il s'adresse &#224; des &#233;l&#232;ves de sections g&#233;n&#233;rales, de sections technologiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun de ces deux enjeux de la d&#233;mocratisation s'est r&#233;v&#233;l&#233; tr&#232;s clivant dans la profession. Dans une premi&#232;re p&#233;riode, de 1945 &#224; 1968, et alors que d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire se jouait principalement dans la r&#233;forme de ses structures, c'est surtout le second enjeu, institutionnel, qui s'est impos&#233; comme l'enjeu principal de la profession, et c'est la strat&#233;gie collective de la profession qui a structur&#233; le champ de la pol&#233;mique professionnelle. Dans une seconde p&#233;riode, que nous faisons commencer en 1968, mais qui a connu un rebond important apr&#232;s 1981, &#224; une &#233;poque o&#249; le politique a voulu d&#233;mocratiser l'enseignement secondaire par des r&#233;formes p&#233;dagogiques, il n'est pas &#233;tonnant que c'est le premier enjeu, p&#233;dagogique, &#224; travers lequel les professeurs de philosophie se sont trouv&#233;s confront&#233;s au probl&#232;me de la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire, de m&#234;me que c'est l'enjeu p&#233;dagogique qui a structur&#233; le champ de la pol&#233;mique professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allons revenir rapidement sur chacun de ces deux enjeux et chacune de ces deux p&#233;riodes -enjeux qui se recoupent dans la question de la r&#233;forme des programmes -le programme &#233;tant un objet double, &#224; la fois institutionnel et p&#233;dagogique. Pas &#233;tonnant, d&#232;s lors, que la r&#233;forme des programmes de philosophie ait &#233;t&#233; le catalyseur de toutes les tensions suscit&#233;es par la d&#233;mocratisation d'un enseignement d'abord r&#233;serv&#233; aux &#233;lites et ayant pour vocation de former les &#233;lites du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai, pour clore ce propos introductif, qu'au d&#233;but de chacune de ces deux p&#233;riodes, en 1945, en 1968 (et, &#224; l'int&#233;rieur de la seconde p&#233;riode, en 1981 et en 1988), les conditions historiques &#233;taient favorables &#224; une d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire en g&#233;n&#233;ral, de l'enseignement philosophique en particulier ; dans les deux cas, les atermoiements politiques, les clivages syndicaux, les strat&#233;gies professionnelles ob&#233;issant &#224; des consid&#233;rations corporatives, le poids de l'enseignement secondaire traditionnel et des &#233;lites professionnelles ont fait &#233;chouer la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique. Le r&#233;sultat est le suivant : la d&#233;mocratisation a &#233;t&#233; subie par des professeurs de philosophie largement sur la d&#233;fensive depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1950, que ce soit sur l'enjeu institutionnel ou ensuite p&#233;dagogique, ce qui a abouti &#224; une situation compl&#232;tement nou&#233;e : des professeurs frustr&#233;s par une d&#233;mocratisation per&#231;ue comme responsable d'un affaiblissement des exigences et du niveau des &#233;l&#232;ves, et donc, d'une d&#233;valorisation du travail et de l'image du professeur de philosophie, et qui luttent pour pr&#233;server ou r&#233;tablir un enseignement de culture de haut niveau, ce qui ne peut que nourrir leur frustration ; une profession qui n'ose pas changer, de peur de l&#226;cher prise et de s'abandonner &#224; une d&#233;mocratisation qui serait le tombeau de son excellence et de sa libert&#233;. Finalement, l'enjeu est bien celui-ci : la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique, tant institutionnelle que p&#233;dagogique, aurait exig&#233; que les professeurs de philosophie renoncent &#224; leur identit&#233; lib&#233;rale ancienne pour assumer celle de professeurs de l'enseignement secondaire, exer&#231;ant non le m&#233;tier de philosophes, mais celui d'enseignants de philosophie, ayant collectivement &#224; repenser leur m&#233;tier et &#224; r&#233;pondre &#224; la soci&#233;t&#233; de l'utilit&#233;, de l'efficacit&#233; et de la justice de leur enseignement. Mais ils ont au contraire r&#233;sist&#233; aux mutations induites par la d&#233;mocratisation du lyc&#233;e et du public scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. Les professeurs de philosophie face &#224; la r&#233;forme des structures de l'enseignement secondaire : d&#233;fendre la valeur scolaire et sociale de la classe de Philosophie et, &#224; travers elle, du corps des professeurs de philosophie, afin qu'ils professent collectivement au plus haut niveau possible aux meilleurs &#233;l&#232;ves possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1945 &#224; 1968, les professeurs de philosophie, constitu&#233;s en acteur collectif et m&#234;me en lobby par leur association professionnelle, ont men&#233; une strat&#233;gie toute enti&#232;re orient&#233;e vers le r&#233;tablissement de l'institution secondaire dans l'&#233;tat o&#249; elle &#233;tait en 1940, avec deux sections et deux baccalaur&#233;ats seulement (Philosophie et Math&#233;matiques &#233;l&#233;mentaires). Cette politique ou strat&#233;gie figure dans le code g&#233;n&#233;tique de l'Association des professeurs de philosophie de lyc&#233;e qui s'est &#224; nouveau r&#233;unie en 1945, avant de devenir l'APPEP deux ans plus tard : son combat pour la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts mat&#233;riels et moraux des professeurs de philosophie passe par l'effort pour faire en sorte que la classe de Philosophie soit &#171; la classe terminale normale &#187;. De ce fait, elle va lutter pendant toutes ces ann&#233;es pour la restauration de cette classe contre la cr&#233;ation de nouvelles sections et de nouveaux baccalaur&#233;ats dans l'enseignement g&#233;n&#233;ral (les sections et bacs sciences exp&#233;rimentales et sciences humaines), y voyant un d&#233;mant&#232;lement de la classe de Philosophie -et de la philosophie elle-m&#234;me, dans le cas o&#249; un enseignement de sciences humaines aurait &#233;t&#233; d&#233;livr&#233; en dehors d'un cours de philosophie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est dans ce but que l'association a &#233;labor&#233; une doctrine de l'enseignement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La strat&#233;gie de son action collective fut de faire pression sur les pouvoirs publics pour qu'ils ne cr&#233;ent pas de nouvelles sections (notamment une section sciences humaine). Dans un champ rendu plus concurrentiel par la cr&#233;ation de nouvelles sections, et o&#249; la hi&#233;rarchie traditionnelle des disciplines &#233;tait en train de se retourner (les sciences et les techniques se valorisant par rapport aux disciplines de culture), l'APPEP a r&#233;sist&#233; autant qu'elle le pouvait &#224; la tendance sociale, encourag&#233;e par les pouvoirs publics, &#224; valoriser les section math&#233;matique et scientifique, et n'a pas m&#233;nag&#233; ses efforts pour conserver &#224; la classe de Philosophie le meilleur recrutement possible, et donc, la plus haute valeur sociale possible -valeur directement li&#233;e &#224; la qualit&#233; de son recrutement et au prestige des d&#233;bouch&#233;s offerts par la classe de Philosophie. Elle &#233;tait dans son r&#244;le, mais on ne peut s'emp&#234;cher &lt;i&gt;a posteriori &lt;/i&gt;de pointer les limites et l'&#233;chec du combat corporatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat, c'est que la d&#233;mocratisation a &#233;t&#233; subie par les professeurs de philosophie d'abord pour cette raison fondamentale qu'elle s'est accompagn&#233; d'un renversement de la hi&#233;rarchie des sections et des disciplines, renversement qui faisait que la philosophie &#233;tait de moins en moins enseign&#233;e dans la classe du m&#234;me nom, et qu'elle y &#233;tait enseign&#233;e au &#171; rebut &#187; d'une s&#233;lection scolaire qui voyait les meilleurs &#233;l&#233;ments s'orienter dans la section Math&#233;matiques et, secondairement, Sciences exp&#233;rimentales. Plus tard, la cr&#233;ation de sections technologiques et l'introduction progressive de l'enseignement de philosophie dans ces sections allaient renforcer la perception n&#233;gative de la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire, associ&#233;e &#224; une d&#233;valorisation du travail de l'enseignant de philosophie - nourrissant une frustration voire une souffrance professionnelles (sympt&#244;mes d'une d&#233;mocratisation subie). Mais il faut bien voir que cette frustration n'est pas l'effet simple du changement qualitatif du public de l'enseignement de philosophie, mais l'effet conjugu&#233; de ce changement et de la strat&#233;gie d&#233;fensive et r&#233;active adopt&#233;e collectivement face &#224; ce changement depuis les premiers projets de r&#233;forme de l'enseignement secondaire, et sensible d&#232;s l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale de l'APPEP de 1952.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant toutes ces ann&#233;es, la profession, &#224; travers son association professionnelle alors unique, a lutt&#233;, &#224; contre-courant des r&#233;formes structurelles et institutionnelles de l'enseignement secondaire, pour que la classe de Philosophie, classe terminale &#171; normale &#187;, re-devienne une classe s&#233;lective, scolarisant des &#233;l&#232;ves rompus aux humanit&#233;s et destin&#233;s &#224; &#234;tre les futures &#233;lites de la France (les m&#233;decins, les professions lib&#233;rales, les &#233;lites intellectuelles, &#233;conomiques, administratives et politiques). Il convenait de leur donner une formation philosophique g&#233;n&#233;rale, un enseignement &#171; de r&#233;flexion et de culture &#187;, venant achever les humanit&#233;s classiques, une m&#233;taphysique humaniste sans m&#233;lange de sciences de l'homme. Si les mots ont un sens, la strat&#233;gie fut donc tr&#232;s exactement &#233;litiste, mais, on va le voir, un &#233;litisme guid&#233; par des int&#233;r&#234;ts corporatifs qui a toujours su id&#233;ologiquement se repr&#233;senter &#224; lui-m&#234;me sous les traits du progressisme politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres exemples peuvent &#233;tayer mon propos, o&#249; l'on voit l'APPEP se positionner par rapport aux r&#233;formes ou projets de r&#233;forme qui mettaient ou tentaient de mettre en place une nouvelle structure qui substituait &#224; l'ancienne organisation des enseignements par ordres (l'enseignement primaire pour le peuple, l'enseignement secondaire pour la bourgeoisie, le marqueur commun de l'enseignement secondaire et de l'appartenance &#224; la bourgeoisie &#233;tant les &#233;tudes de latin &#224; partir de la classe de 6e) une structure plus d&#233;mocratique, c'est-&#224;-dire, un large tronc commun au premier cycle du secondaire (ou en tout cas les deux premi&#232;res ann&#233;es du premier cycle), appel&#233; cycle d'orientation, suivi, au niveau du lyc&#233;e, par des sections diversifi&#233;es aux enseignements plus sp&#233;cialis&#233;s, davantage d&#233;termin&#233;s par les besoins en sp&#233;cialisation de l'enseignement universitaire et de la structure des emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la cr&#233;ation d'un tronc commun ou cycle d'orientation de deux ou de quatre ans, la franco-ancienne, association des professeurs de lettres classiques, fut en premi&#232;re ligne sur le front des opposants. Elle fut particuli&#232;rement active pour faire &#233;chouer le plan Billi&#232;res, en 1956, qui fut sans doute, de tous les plans de r&#233;forme institutionnelle lanc&#233;s par la 4eR&#233;publique, le plus proche, par son inspiration, du plan Langevin-Wallon de la Lib&#233;ration. Elle s'opposa avec la derni&#232;re &#233;nergie &#224; ce que l'enseignement du latin fut diff&#233;r&#233; au d&#233;but de la classe de 5e, voire de 4e, au nom des exigences du tronc commun, et de l'unification de l'ancien ordre primaire et secondaire. Bien que moins directement concern&#233;e, l'APPEP se solidarisa avec la franco-ancienne -mais aussi les commissions p&#233;dagogiques du SNES et la Soci&#233;t&#233; des agr&#233;g&#233;s (l'action des associations professionnelles doit en effet &#234;tre replac&#233;e dans le contexte plus large et symbiotique d'un champ o&#249; agissent les acteurs syndicaux et les associations cat&#233;gorielles). La position de l'APPEP a &#233;t&#233; command&#233;e par la pr&#233;occupation de l'impact que pourrait avoir sur le recrutement des &#233;l&#232;ves de la classe de Philosophie par la cr&#233;ation d'un cycle d'orientation au niveau du premier cycle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit bien, dix ans plus tard, &#224; lire le rapport moral de l'ag de l'APPEP du 29 mai 1966, juste apr&#232;s la cr&#233;ation des CES : on craint &#171; une nouvelle d&#233;gradation du niveau de nos classes &#187;. L'analyse de Morfaux, pr&#233;sident de l'APPEP de l'&#233;poque, emprunte enti&#232;rement au cadre d'analyse de l'organisation des enseignements cliv&#233;e en ordres de la 3e r&#233;publique. Il craint l'introduction dans les classes d'&#233;l&#232;ves incapables de &#171; s'adapter aux m&#233;thodes de la r&#233;flexion personnelle et d&#233;sint&#233;ress&#233;e &#187;.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis-Marie Morfaux, Revue de l'enseignement philosophique, avril-mai 1966, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; La position est contradictoire : on est pour la d&#233;mocratisation, sur le principe, mais on veut conserver dans les classes de philosophie le public scolairement choisi d'autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se r&#233;sout la contradiction ? Par une rh&#233;torique professionnelle, qui fait glisser la sourde opposition &#224; la d&#233;mocratisation sociale du public scolaris&#233; dans les classes de philosophie sur le terrain politique o&#249; le professeur de philosophie, garant de la d&#233;mocratie par la formation g&#233;n&#233;rale et r&#233;flexive du citoyen, s'oppose &#224; un pouvoir modernisateur soucieux de former des sp&#233;cialistes qui ne laisse plus de place &#224; la libert&#233; d'esprit. Plus tard, dans les ann&#233;es 1970 et contre la r&#233;forme Haby, on fustigera une r&#233;forme &#171; technocratique &#187; ; plus tard, dans les ann&#233;es 1990, on fustigera des politiques &#171; n&#233;o-lib&#233;rales &#187;. Demi-v&#233;rit&#233;s : la r&#233;forme des structures scolaires a certes ob&#233;i, surtout sous les gouvernements de droite, &#224; la volont&#233; modernisatrice dont le souci principal &#233;tait de r&#233;pondre aux besoins de l'&#233;conomie fran&#231;aise. Mais c'est le m&#234;me argument qui &#233;tait adress&#233; &#224; celles des r&#233;formes qui r&#233;pondaient &#224; une intention v&#233;ritablement d&#233;mocratique (on consid&#232;re que c'est le cas de la r&#233;forme Haby en 1975, comme c'&#233;tait celui de la r&#233;forme Billi&#232;res, en 1956).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentaire montre vite ses limites. En effet, qui condamne &#224; l'enseignement &#233;troitement sp&#233;cialis&#233; et compartiment&#233; de l'enseignement technique ceux des &#233;l&#232;ves jug&#233;s inaptes &#224; suivre un enseignement de culture g&#233;n&#233;rale et de r&#233;flexion ? Qui valide, par ce type de discours, une d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire qui reconduit, en r&#233;alit&#233;, toutes les anciennes hi&#233;rarchies qui s&#233;paraient entre eux les ordres scolaires (le secondaire, d'un c&#244;t&#233;, le primaire et le technique, de l'autre) ? De ce point de vue, la lutte du philosophe contre le pouvoir n'est qu'une posture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours de l'APPEP est symptomatique du fait que la d&#233;mocratisation sociale de l'enseignement secondaire n'a pas &#233;t&#233; bien accept&#233;e par nombre de professeurs de philosophie -qui n'y ont vu que le danger que &#171; le niveau baisse &#187;-, et du fait que le projet politique de d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire n'a lui-m&#234;me jamais fait que composer avec ces r&#233;sistances professionnelles de nature corporative et avec la stratification sociale, et qu'il a pour l'essentiel reconduit l'in&#233;galit&#233; de la soci&#233;t&#233; des ordres scolaires sous le r&#233;gime d'un syst&#232;me unifi&#233; qui avait officiellement aboli ces ordres mais les a en fait reconduits &#224; travers la diversit&#233; hi&#233;rarchis&#233;e des sections et des fili&#232;res .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. Les professeurs de philosophie face &#224; la r&#233;forme p&#233;dagogique de l'enseignement de philosophie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet enjeu a fait l'objet d'une pol&#233;mique particuli&#232;rement forte chez les professeurs de philosophie, on le sait, apr&#232;s 1968 et apr&#232;s 1981. A partir de cette derni&#232;re date, en effet, les pouvoirs publics ont moins touch&#233; aux structures de l'enseignement secondaire qu'ils n'ont voulu le d&#233;mocratiser par des r&#233;formes p&#233;dagogiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans les ann&#233;es qui ont suivi 1968, les professeurs de philosophie ont &#233;t&#233; nombreux &#224; exprimer leur d&#233;sir de faire droit &#224; la p&#233;dagogie, et pas seulement &#224; la culture, dans l'enseignement de la philosophie, plus exactement, le d&#233;sir de faire droit &#224; une p&#233;dagogie non autoritaire oppos&#233;e &#224; une culture dont la transmission se soutenait de toute l'autorit&#233; d'une institution qui avait &#233;t&#233; remise en cause. Dans un premier temps, la profession a fait droit &#224; ce d&#233;sir et &#224; cette demande. Cela tient aussi &#224; la personnalit&#233; des inspecteurs g&#233;n&#233;raux d'alors, &#224; l'image de Robert Tric, qui organisa en mars 1970 les Journ&#233;es de S&#232;vres pour d&#233;battre des changements p&#233;dagogiques &#224; apporter &#224; l'enseignement de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les leaders de la profession (responsables de l'APPEP et inspecteurs g&#233;n&#233;raux, men&#233;s par Etienne Borne et Jacques Muglioni) n'ont pas tard&#233; &#224; mettre bon ordre &#224; tout cela - d&#232;s 1971, on trouve dans la revue de l'APPEP les premi&#232;res charges de Jean Lefranc et de Patrice Henriot contre les p&#233;dagogues. L'enjeu est, l&#224; encore, de maintenir un enseignement de philosophie du plus haut niveau possible, mais aussi d'emp&#234;cher la dissolution de l'enseignement disciplinaire. La r&#233;novation p&#233;dagogique portait une attaque directe contre les clivages disciplinaires. La d&#233;fense de la philosophie, d'un enseignement disciplinaire &#171; pur et dur &#187; de la philosophie, aveugle &#224; la composition sociologique du public scolaris&#233;, fut oppos&#233;e &#224; la r&#233;novation p&#233;dagogique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que l'enseignement est toujours l'enseignement de quelque chose, et de la n&#233;cessaire critique &#224; l'&#233;gard d'une revendication p&#233;dagogique o&#249; le &#171; groupe &#187; n'avait plus &#224; faire qu'&#224; lui-m&#234;me, on est pass&#233; &#224; l'id&#233;e que &#171; la philosophie est &#224; elle-m&#234;me sa propre p&#233;dagogie &#187; -v&#233;ritable mot d'ordre qui signifiait l'ill&#233;gitimit&#233; de tout questionnement p&#233;dagogique instruit des outils r&#233;flexifs et critiques apport&#233;s par la psychologie, la sociologie et, en g&#233;n&#233;ral, les sciences de l'&#233;ducation. Les sociologues avaient soulign&#233; que la non-p&#233;dagogie de l'enseignement secondaire traditionnel favorisait en r&#233;alit&#233; les &#233;l&#232;ves que leur socialisation avait pourvus des dispositions n&#233;cessaires pour r&#233;ussir &#224; l'&#233;cole. Qu'&#224; cela ne tienne. Les philosophes balay&#232;rent d'un revers de la main la question p&#233;dagogique et, ni&#232;rent que la question sociale se pose au sein de l'enseignement philosophique. En m&#234;me temps, les autorit&#233;s professionnelles assumaient de mani&#232;re dogmatique un discours totalement a- sociologique, qui allait bient&#244;t tourner &#224; l'id&#233;alisation de l'&#201;cole de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est surtout apr&#232;s 1981 que la pol&#233;mique s'est envenim&#233;e, lorsque le pouvoir politique reprit la politique de d&#233;mocratisation non plus en r&#233;formant les structures, mais en voulant r&#233;former la p&#233;dagogie -et en prenant les &#171; p&#233;dagogues &#187; comme alli&#233;s. La r&#233;novation p&#233;dagogique n'&#233;tait plus le fait de quelques exp&#233;rimentateurs &#171; gauchistes &#187;, mais du Minist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passerai plus vite sur les enjeux p&#233;dagogiques de la d&#233;mocratisation de l'enseignement de philosophie, car ils sont bien connus, surtout des membres de l'ACIREPH. Ils se sont cristallis&#233;s essentiellement sur la question de la progressivit&#233; ou de l'extension de l'enseignement de la philosophie, en amont et en aval de la classe terminale ; sur la question de la d&#233;termination des programmes (un programme de probl&#232;mes et non de notions, trop vague et ne permettant pas une pr&#233;paration s&#233;rieuse des candidats, ce qui offre un avantage au candidat verbalement dou&#233;) ; sur la question de la nature des &#233;preuves d'examen et de leur finalit&#233; (discriminer les meilleurs &#233;l&#232;ves ou permettre la r&#233;ussite du plus grand nombre). Toutes ces questions ont &#233;t&#233; au c&#339;ur de la querelle des programmes qui a vu la profession s'affronter aux pouvoirs publics et se diviser en son propre sein de mani&#232;re chronique entre 1989 et 2003.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur toutes ces questions, la d&#233;mocratisation de l'enseignement philosophique demandait qu'on l'on accept&#226;t les postulats sociopolitiques suivants : que les d&#233;terminismes sociaux ne s'arr&#234;tent pas &#224; la porte de l'&#233;cole ; que la r&#233;ussite scolaire des &#233;l&#232;ves est corr&#233;l&#233;e &#224; leur milieu social ; que l'&#233;cole ne doit demander que ce qu'elle a donn&#233; aux &#233;l&#232;ves, afin de donner une &#233;galit&#233; des chances non fauss&#233;e &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils furent rejet&#233;s. On leur opposa des doctrines et des dogmes, dont la fonction &#233;tait d'enjoindre aux professeurs de philosophie d'enseigner leur discipline sans rabattre de leurs exigences ; de garantir &#224; l'enseignement de philosophie la cl&#244;ture disciplinaire s&#233;curisante qui leur permet d'enseigner l&#233;gitimement la philosophie savante, et qui rejette dans l'ill&#233;gitimit&#233; ceux qui seraient tent&#233;s, confront&#233;s &#224; un public populaire, de renoncer &#224; la philosophie savante au profit de d&#233;bats ou de questions de soci&#233;t&#233; (alors que, sur ces deux premiers points, il s'imposait davantage, tout en d&#233;non&#231;ant les d&#233;rives d&#233;magogiques de certaines p&#233;dagogies, de d&#233;terminer davantage la d&#233;clinaison de la discipline universitaire et savante qu'est la philosophie en discipline scolaire &#224; l'&#233;preuve d'un public populaire) ; de replier l'une sur l'autre la libert&#233; philosophique (qui ne fait qu'un avec la libert&#233; de penser propre &#224; chaque homme) et la libert&#233; p&#233;dagogique du professeur ; enfin, au nom de cette derni&#232;re, de maintenir une organisation individualiste et s&#233;lective de l'enseignement de philosophie, pour les &#233;l&#232;ves comme pour les ma&#238;tres, de promouvoir comme seul enseignement l&#233;gitime un enseignement &#171; de r&#233;flexion et de culture &#187; et, comme seuls exercices l&#233;gitimes, ceux qui permettent de mesurer l'intelligence et la culture des candidats, non de v&#233;rifier que des connaissances ont &#233;t&#233; transmises et acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le postulat de ces doctrines et de ces dogmes consistait en un id&#233;alisme philosophique et politique abstrait qui voyait dans chaque &#233;l&#232;ve une pure raison en attente d'&#234;tre instruite. Cet id&#233;alisme r&#233;cusait d'autorit&#233; la critique sociologique de l'&#233;cole, qui pointait particuli&#232;rement la non p&#233;dagogie et le rapport &#224; la culture de l'enseignement secondaire traditionnel comme les principales m&#233;diations scolaires de la reproduction et de la l&#233;gitimation de l'in&#233;galit&#233; sociale. A la critique sociale fut oppos&#233;e une morale professionnelle faite de volontarisme, qui faisait d&#233;pendre du seul professeur la r&#233;ussite ou l'&#233;chec de son enseignement : d'une mani&#232;re toute kantienne, on d&#233;duisait du simple devoir d'enseigner la philosophie la possibilit&#233; de le faire, et les &#233;checs de l'enseignement de la philosophie n'&#233;taient en rien imputables &#224; une inad&#233;quation de son enseignement et de ses exercices traditionnels avec les &#233;l&#232;ves d'une institution d&#233;mocratis&#233;e, mais &#224; la seule d&#233;mission de professeurs qui auraient renonc&#233; &#224; enseigner. On aura reconnu le discours de Jacques Muglioni, qui, &#224; partir des ann&#233;es 1970, aura form&#233; en profondeur les repr&#233;sentations et la strat&#233;gie de l'inspection g&#233;n&#233;rale jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 2000, ainsi que celle des leaders de l'APPEP et de nombreux professeurs de philosophie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'enjeu p&#233;dagogique, on peut ajouter que la profession a ex&#233;cut&#233; la m&#234;me man&#339;uvre de diversion que pour l'enjeu institutionnel : la d&#233;mocratisation de l'enseignement secondaire a &#233;t&#233; escamot&#233;e et les r&#233;formes de l'enseignement de la philosophie qu'elle rendait n&#233;cessaires ont &#233;t&#233; ajourn&#233;es au profit d'une posture qui assurait au professeur le profit symbolique d'&#234;tre l'ultime rempart de la d&#233;mocratie politique et de la pens&#233;e libre, et d'&#234;tre dans sa classe le seul ma&#238;tre apr&#232;s Dieu -et apr&#232;s son Inspecteur. On peut estimer que le prix collectivement pay&#233; pour avoir tenu cette posture et les profits symboliques qui lui sont attach&#233;s a &#233;t&#233; tr&#232;s cher : il est pay&#233; par les &#233;l&#232;ves qui ne trouvent pas dans l'enseignement philosophique un enseignement qui r&#233;ponde &#224; leurs besoins -besoins qu'il revient &#224; la soci&#233;t&#233;, au niveau de l'enseignement secondaire, et non aux seuls universitaires ou &#224; la seule inspection g&#233;n&#233;rale de d&#233;finir- ; il est pay&#233; par les professeurs qui &#233;prouvent la difficult&#233; qu'il y a &#224; enseigner la philosophie aujourd'hui, l'amertume de corriger des dissertations ineptes en fin d'ann&#233;e, et qui ont souvent l'impression de participer &#224; une farce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***********&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure, on passera vite sur la crise de l'enseignement philosophique, surtout dans les sections technologiques -le diagnostic en a &#233;t&#233; fait depuis longtemps, encore faut-il avoir la volont&#233; de le reconna&#238;tre ; sur les contradictions d'une profession qui pose un droit universel &#224; la philosophie, mais qui ne s'empresse pas d'&#233;tendre l'enseignement de la philosophie &#224; l'enseignement professionnel ; qui collectivement pose le droit des &#233;l&#232;ves des s&#233;ries technologiques &#224; la philosophie, mais qui, individuellement, cherche &#224; &#233;viter d'y enseigner. Le discours du droit et des grands principes politiques abstraits, les injonctions morales en guise de formation p&#233;dagogique n'ont &#224; l'&#233;vidence pas pris la mesure de la d&#233;mocratisation effective de l'enseignement secondaire, mais ont provoqu&#233; l'anomie, et encourag&#233; l'hypocrisie et le sauve-qui-peut g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La profession a escamot&#233; la d&#233;mocratisation sociale du secondaire pour des raisons id&#233;ologiques et corporatives depuis bient&#244;t soixante-dix ans. Mais on ne peut pas faire qu'elle n'existe pas ; aussi, tout le monde la subit : les professeurs et les &#233;l&#232;ves, au quotidien, &#224; travers l'exp&#233;rience de passions tristes. Simplement, on la subit plus ou moins : certains sont en premi&#232;re ligne, d'autres &#224; l'arri&#232;re. La d&#233;mocratisation, comme la guerre, ne sera-t-elle bient&#244;t plus voulue que par les planqu&#233;s ? Si on veut &#233;viter cela, il est urgent de penser un enseignement philosophique pour tous, &#224; partir d'un id&#233;al d&#233;mocratique politique, dont on ne d&#233;duira pas les principes pratiques de l'&#233;litisme r&#233;publicain (la s&#233;lection des meilleurs), mais qu'on accordera &#224; la d&#233;mocratisation sociale effective de l'enseignement secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ici, on ne peut pas s'arr&#234;ter &#224; invoquer le conservatisme d'une profession ou d'une corporation. En r&#233;alit&#233;, comme on le sugg&#233;rait &#224; la fin de notre premi&#232;re partie, les ambigu&#239;t&#233;s du rapport des philosophes &#224; une d&#233;mocratisation qu'ils se sont mis dans la situation de subir, parce qu'ils y ont activement r&#233;sist&#233;, ont partie li&#233;e avec les limites d'une d&#233;mocratisation inaboutie, qui reconduit, avec la hi&#233;rarchie des fili&#232;res et des sections d'un syst&#232;me scolaire unifi&#233;, les fonctions sociales in&#233;galitaires que remplissait autrefois une organisation des enseignements en ordre. Les n&#233;cessaires changements p&#233;dagogiques dont a besoin l'enseignement de la philosophie ne changeront rien sans une non moins n&#233;cessaire r&#233;forme des structures des sections et des fili&#232;res, dont on voit bien chaque jour que leur justification p&#233;dagogique est inversement proportionnelle &#224; la fonction sociale qu'elles remplissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; BOILLOT&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est dans ce but que l'association a &#233;labor&#233; une doctrine de l'enseignement philosophique. Parmi les points de cette doctrine, la revendication d'une &#171; orientation selon les aptitudes &#187; et non d'une &#171; orientation selon les carri&#232;res &#187; qu'elle jugeait se mettre en place avec la diversification des fili&#232;res. En y regardant de plus pr&#232;s, dans cette doctrine &#233;labor&#233;e au milieu des ann&#233;es 1950, on d&#233;couvre que l'enjeu &#233;tait de diriger &#224; nouveau vers la classe de Philosophie les meilleurs &#233;l&#232;ves qui l'abandonnaient d&#233;j&#224; au profit de la classe de Math&#233;matiques, et d'assurer en r&#233;alit&#233; aux &#233;l&#232;ves de la classe de Philosophie les &#171; carri&#232;res &#187; &#224; l'acc&#232;s duquel ouvrait d&#233;sormais les classes de Math&#233;matiques et de Sciences exp&#233;rimentales (m&#233;decine, droit, &#233;coles de commerce, hauts fonctionnaires, cadres sup&#233;rieurs de l'industrie et du commerce).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis-Marie Morfaux, &lt;i&gt;Revue de l'enseignement philosophique&lt;/i&gt;, avril-mai 1966, pp. 45-46&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu</title>
		<link>https://acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/article/critique-sociale-de-l-ecole-et-reforme-pedagogique-selon-pierre-bourdieu</link>
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		<dc:date>2012-06-06T10:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Herv&#233; Boillot</dc:creator>



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&lt;a href="https://acireph.org/nos-recherches/regards-historiques/" rel="directory"&gt;Regards historiques&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_25 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://acireph.org/IMG/pdf/cp16--web-45-68.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 239.9 kio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://acireph.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1772036340' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Critique sociale de l'&#233;cole et r&#233;forme p&#233;dagogique selon Pierre Bourdieu
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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