Acireph : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la PHilosophie

Abrogation de la circulaire de 1977 : la fin d’une absurdité anti-pédagogique ?

vendredi 6 février 2015.

Billet d’humeur… juridique

Les « instructions relatives au travail des élèves », autre nom de la circulaire n°77-417 du 4 novembre 1977 publiée au B.O. du 17 novembre de la même année, sont abrogées depuis la circulaire n° 2009-185 du 7 décembre 2009 publiée au B.O. du 24 décembre de la même année. Un cadeau largement passé inaperçu, puisque les fameuses instructions de 1977, bien que n’existant plus en tant que telles, semblent toujours faire autorité dans les cœurs de certains inspecteurs et sur les sites disciplinaires de certaines académies.

Entre autres choses, ces instructions nous obligeaient à tenir un certain rythme de « devoirs type bac » : pas moins de 9 en séries S et ES (3 par trimestre), pas moins de 12 en L (4 par trimestre).

On ne peut qu’approuver l’idée que c’est l’entraînement qui fait progresser les élèves. Leur donner de nombreuses occasions de s’exercer pour qu’ils s’approprient les exigences et les attendus des épreuves du bac : n’importe quel collègue tombera d’accord là-dessus. « De nombreuses occasions de s’exercer » n’est cependant pas tout à fait équivalent à « de nombreux devoirs type bac ». Les instructions de 1977 ne font d’ailleurs pas l’amalgame, et laissent toute latitude au professeur consciencieux de donner d’autres « exercices » pourvu que le rythme des devoirs type bac soit tenu. Là se situe à la fois la cohérence et la subtilité de la doctrine officieuse et du catéchisme appepien.

Soyons honnêtes : j’ignore quelle était le nombre moyen d’élèves (et donc de copies) par enseignant en 1977, mais je crois pouvoir affirmer qu’il a sensiblement augmenté depuis… N’ayant réussi à passer sous la barre des 100 – et de justesse – qu’à l’occasion de ma première Terminale L cette année, je suppute que la majorité de mes collègues, s’ils devaient donner autant de devoirs type bac, n’auraient plus vraiment le temps ni l’énergie de corriger grand-chose d’autre. [1]

Bref : sous les instructions de 1977, la liberté pédagogique chérie restait sauve en apparence, mais les marges de manœuvres étaient en fait bien minces, en particulier pour ceux d’entre nous qui se soucient de la progressivité de leur enseignement et désirent donner de temps en temps à leurs élèves des devoirs qui n’ont pas besoin d’être surnotés pour être valorisants, surtout en début d’année. Clairement, avec 3 ou 4 devoirs type bac à donner dès le premier trimestre, il faut donner le premier dès le mois de septembre, et l’on voit mal quelle progressivité construire alors. Car l’auteur de ces lignes ne revendique ni le laxisme ni la démission, mais le droit de donner aux élèves des choses qu’ils aient une chance de réussir, et de les évaluer sur des choses qu’ils aient une chance d’avoir apprises en classe – pour les amener progressivement à l’inévitable devoir type bac sous sa forme actuelle…

En attendant la réforme des programmes, des épreuves du bac, et la progressivité sur tout le cursus du lycée… Saluons donc, quelques années plus tard, la joyeuse nouvelle de cette abrogation et crions fort notre soulagement et notre liberté pédagogique enfin retrouvée ! L’imagination, la créativité et la diversité des exercices sont désormais non seulement vaguement tolérées, mais légalement autorisées et possibles !

[1Le bienheureux rédacteur desdites instructions, anticipant probablement cette objection, précisait : « quand le nombre des copies est élevé, il est recommandé, plutôt que de réduire la fréquence des dissertations, d’alléger le travail de correction. » Autrement dit, rendre des copies presque dénuées d’annotations, de conseils, d’indications précises pour progresser. Amusant, et pédagogiquement audacieux…


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