Acireph : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la PHilosophie

Articuler l’apprentissage philosophique et les savoirs

Sixième chantier du Manifeste pour l’enseignement de la philosophie.
mercredi 28 mars 2001 par Acireph

Se former à la philosophie, c’est apprendre à penser à travers l’appropriation de connaissances philosophiques et non-philosophiques. On a usé et abusé de la formule de Kant selon laquelle on ne peut apprendre la philosophie mais seulement à philosopher. Certes, on veut souligner par là que l’enseignement de la philosophie au lycée ne saurait consister à étudier pour elles-mêmes des doctrines philosophiques, l’histoire de la philosophie ou celle des idées. Mais, sur ce principe, l’accord des professeurs de philosophie est unanime. En revanche, à durcir souvent jusqu’à la caricature les distinctions légitimes entre penser et connaître, entre la philosophie et les savoirs positifs ou entre le mouvement d’une pensée vivante et les idées des philosophes, on finit par s’interdire toute réflexion sérieuse sur la manière de les articuler dans l’enseignement.

Par exemple : si le cours de philosophie s’organise autour de problèmes, ceux-ci ne peuvent être sérieusement abordés par les élèves qu’à travers la connaissance des principales options philosophiques qu’ils ont engendrées et par la maîtrise progressive des distinctions conceptuelles qui permettent de leur donner un sens. Ces options et ces distinctions n’ont rien de naturel ni de spontané. C’est dans l’histoire de la philosophie qu’elles ont été produites et c’est là seulement qu’on peut les rencontrer. On ne peut éluder la question : qu’est-ce que des élèves débutants doivent savoir de l’histoire de la philosophie ?

Par exemple : la philosophie s’est toujours nourrie de ce qui n’est pas elle et on ne saurait philosopher un tant soit peu sur les sciences, l’art ou la religion sans disposer d’éléments de connaissance solides et précis sur certains épisodes fondamentaux de l’histoire des sciences, sur certains courants artistiques et esthétiques, sur certains textes religieux. On ne peut éluder la question : puisque ces connaissances indispensables ne sont pas fournies actuellement par le lycée, quelle place l’enseignement de la philosophie doit-il leur donner s’il veut être pertinent ?

Par exemple : assimiler une idée de tel ou tel grand philosophe et l’exposer pour son propre compte, c’est une compétence philosophique fondamentale. L’élève qui a compris les arguments justifiant l’idée de “contrat social” ou celle d’ “impératif catégorique” et qui est capable de l’exposer intelligemment pense tout autant que celui qui pose un problème ou analyse un concept. On a fini par faire de la question de cours un épouvantail, comme s’il n’y avait pas de différence entre réciter des formules et s’approprier des idées On ne peut éluder la question : comment favoriser et valoriser ce travail par lequel l’élève apprend à intérioriser et à faire siennes des idées qu’il n’a pas inventées ?

—> Le texte intégral du Manifeste pour l’enseignement de la philosophie.


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