Acireph : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la PHilosophie

Quelques repères sur l’enseignement philosophique dans les séries technologiques

Par Serge Cospérec
samedi 1er janvier 2005 par Serge Cospérec

D’abord quelques chiffres : dans les années 50, 5% d’une classe d’âge ont un cours de philosophie, dans les années 2000, plus de 50% d’une classe d’âge. Cette augmentation résulte d’une part de l’augmentation du taux de scolarisation en lycée (mouvement continu des années 60 aux années 90, avec une accélération importante dans les années 80) et, d’autre part, de l’extension progressive de la philosophie à toutes les séries technologiques (années 80).

La présence de la philosophie dans les séries techniques date de 1958, un nombre très réduit d’élèves préparent alors le Brevet Supérieur d’Études Commerciales (B.S.E.C.) créé en 1947 avec ses trois séries : Secrétariat, Comptabilité, Gestion). Le B.S.E.C. était un diplôme de l’enseignement primaire supérieur donnant accès à la vie professionnelle, à certains BTS et aux Facultés de Droit (permettant même d’y préparer une licence). L’épreuve de philosophie comportait trois sujets de dissertation, sanctionnant un enseignement hebdomadaire de 3 heures.

En 1969, le B.S.E.C. est transformé en baccalauréat de technicien et on retrouve les trois séries dans l’intitulé des nouvelles G « techniques administratives », « techniques quantitatives de gestion » et « techniques commerciales » (= actuelles STMG). L’enseignement de la philosophie est alors dispensé en G et en H, à raison de deux heures par semaine ; l’arrêté du 5 décembre 1969 institue l’épreuve de philosophie au baccalauréat (coefficient 1 et durée de 3 heures) qui comprend désormais une nouveau genre d’épreuve le sujet texte assorti de question (c’est de l’expérience du sujet texte en G qu’est issue la généralisation du troisième sujet texte à toutes les séries du baccalauréat général).
 

Le programme comporte alors trois thèmes :

I. La diversité des cultures et l’idée de civilisation.

Nature et culture - Technique, art, religion, science - Le progrès. L’histoire.

II. Communication et langage.

Signe et symbole- la langue et la parole - le discours et la raison.

III. Liberté et société.

Volonté et liberté - la reconnaissance d’autrui. La justice - Politique et morale.

 

Remarques

Le soin d’expliciter les significations des trois thèmes qui constituent le programme est confié à l’initiative du professeur. Les déterminations qui figurent sous chacun des titres indiquent, non pas des chapitres successifs, mais les directions dans lesquelles la recherche et la réflexion sont invitées à s’engager.

Pour l’étude de ces thèmes, il est conseillé, d’une part, de s’appuyer sur l’analyse de textes classiques et modernes, de faire appel, d’autre part, aux travaux contemporains.

 

En 1973, le programme est changé (B.0. du 1er novembre 1973), le funeste modèle pensé pour les séries générales vaut désormais pour les séries technologiques : désormais, le programme « se compose uniquement de notions non regroupées en thèmes » et il vaut pour les sections F3, G1, G2, G3, et H

Nature et histoire.

Langage et Vérité.

Les échanges, le Droit.

La liberté.

L’art. La religion.

La philosophie.

C’est aussi en 73 que la philosophie est introduite

1° en F8 (actuelles SMS), mais avec un horaire plus favorable (pour un même programme !) de 3 heures par semaine et un coefficient 1 à l’examen

2’ en F11 (musique, actuelle série « techniques de la musique et de la danse »), le programme (non modifié depuis - ni en 83, ni en 94) y est celui des classes scientifiques de l’enseignement général (C, D et E) mais avec un horaire supérieur et un coefficient de 2 au baccalauréat ; les élèves ont alors le choix entre une épreuve écrite de philosophie ou de mathématiques, passant à l’oral l’épreuve non choisie à l’écrit. Ceux qui choisissent la philosophie à l’oral ont 4 heures par semaine, les autres bénéficient de 6 heures (soit le double de leurs camarades des séries générales pour un même programme et les mêmes épreuves !).

 

En 1981, la philosophie est introduite en F12 (série « arts appliqués ») avec un horaire de 3 heures par semaine et un programme spécial (non modifié depuis), celui des F8, G et H avec en plus L’espace. La perception. L’imagination.

 

A partir de 1983 est décidée l’extension de la philosophie à toutes les séries de la voie technologique. L’arrêté du 5 octobre 1983 (B.O. n030 du 1er septembre 1983) fixe le programme pour les F1, F2, F3, F4, FS, F6, F7, F7’, F8, F9 et F10 (donc excepté les F11 et F12) sous la forme d’une liste de « notions ».

La nature. L’art. La technique. L’histoire, Le droit La liberté, La conscience. La raison. La vérité.

L’horaire hebdomadaire est de deux heures (sauf en F8, toujours 3 heures) et le coefficient de l’épreuve (durée 3 heures portée à 4 heures à partir de la session 1989) est de 1 (sauf en G1 où il est de 2). Le programme est donc fixé en 83, mais l’extension se fera progressivement.

En 1983, application en F5, F6, F7 et F7’.

En 1984, en F2, F4, F9 et F10.

En 1985, en F3 et en 1986, en F1. Toutes ces sections correspondent aux actuelles STI.

En 1994, une circulaire indique la possibilité de dédoubler l’une des heures d’enseignement de la philosophie dans les séries technologiques. L’application s’en avère bien difficile ; puis l’habitude s’installe au début des années 2000 avant la brutale remise en cause de cette mesure. 

En 1970, il y avait à peu près 255.000 candidats au baccalauréat dont 55.000 pour les séries technologiques, soit 21% ; en 1995, il y avait 574.000 candidats (bac pro non compris) dont 184.000 pour le technologique, soit 32% ; en 2009, 622.322 candidats (bac pro compris) dont 163.085 pour les séries technologiques (26%).

La massification des études a entraîné le système éducatif dans une série d’ajustements dont on attend encore la réalisation en philosophie.

 

Le dédoublement d’une des heures d’enseignement.

Le dédoublement avait pour but d’améliorer les conditions de l’enseignement et cela tant pour les élèves que pour les professeurs. Pour les élèves les « travaux dirigés » en demi-classes devaient permettre de les aider plus efficacement grâce à des exercices gradués, à une aide méthodologique, à des pratiques sollicitant davantage leur participation et leur activité (ce qui est le plus souvent impossible en classe complète où s’installe alors rapidement un bavardage généralisé). Pour les professeurs, les classes à 2 heures aux effectifs dépassant souvent la trentaine conduisaient à des charges de travail insupportables, et en vérité, à l’impossibilité de tout travail réellement sérieux (comment avec 7, 8 ou 9 classes et 230, 270 et parfois 300 élèves appliquer les instructions de 1977 par exemple relatives au travail des élèves et demandant que les élèves fassent 3 devoirs par trimestre - dont un en temps limité ! - et au moins deux exercices par mois ! Avec « seulement » 200 élèves... cela ferait 1800 travaux à corriger ?). Le dédoublement devait permettre de diminuer le nombre de classes et le nombre d’élèves, et faciliter la réalisation des exercices.

La « rénovation pédagogique » des lycées met en place le dédoublement. Mais la Direction des Lycées et Collèges (D.L.C.), dans un courrier adressé aux Recteurs et précisait : « s’agissant de cette discipline et de ces séries, il n’y a pas lieu de fixer nationalement de seuil pour ce dédoublement ». Profitant de cette équivoque, certains Recteurs, voire certains chefs d’établissement, en conclurent qu’ils avaient loisir de fixer eux-mêmes ce seuil.

Très vite ensuite, les restrictions budgétaires (la diminution de la D.G.H.) ont conduit à une interprétation très restrictive du texte. Dans les divers Rectorat on explique que « le calcul des charges normées à partir desquelles sont notifiées les D.G.H. inclut le dédoublement de la philosophie au 25ème élève », ce qui – en clair – signifie que la dotation horaire des lycées ne permet donc pas un dédoublement en deçà… 

Et qu’importe aux gestionnaires le fait que dans de nombreuses classes de ces séries, il soit devenu quasiment impossible de travailler en classe complète. La démocratisation des conditions de l’accès à la culture a encore de beaux jours devant elle…

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