ACIREPh

Communication à l’Inspection générale

mardi 31 mars 2020 par Acireph

Reportée en raison des mesures de confinement, la rencontre prévue le 18 mars 2020 entre l’Inspection générale de philosophie et les organisations de professeurs devait être l’occasion de faire un point d’étape sur l’avenir de la philosophie au lycée. L’Inspection générale souhaitait notamment recueillir les propositions des associations de professeurs sur les recommandations qu’elle publiera pour accompagner la mise en œuvre des nouveaux programmes à la rentrée 2020.

L’ACIREPh a adressé à l’Inspection générale ces positions et propositions.

● La philosophie dans la voie technologique

Avant toute chose, l’ACIREPh demande (unanimement avec les autres associations et organisations syndicales) que le dédoublement d’au moins une heure hebdomadaire soit rétabli dans la voie technologique. Cette demande n’est pas accessoire : il s’agit d’une condition absolument nécessaire pour la simple survie de l’enseignement de la philosophie dans la voie technologique. Une lettre commune d’alerte a été adressée au Ministre le 17 février dernier.

L’ACIREPh a exprimé sa consternation face à l’immobilisme qui a présidé au choix des futures épreuves du baccalauréat technologique. Elle souhaite obtenir des éclaircissements sur les raisons de ce revirement de la DGESCO, alors que le projet présenté en novembre 2019 prévoyait de renouveler les épreuves par des formats proches de ceux expérimentés depuis 2018 en STHR. L’ACIREPh avait fait des propositions précises pour améliorer les questions du sujet de composition, et regrette qu’elles n’aient pas été entendues. Aucune concertation n’a été organisée par la DGESCO au sujet de ces futures épreuves, contrairement à ce qui avait été promis pour le suivi des épreuves en STHR. L’ACIREPh regrette vivement que le lien de confiance nécessaire entre le Ministère et les organisations de professeurs ait été ainsi fragilisé.

L’ACIREPh souhaite savoir pourquoi le coefficient de la philosophie dans le futur baccalauréat technologique est le plus bas entre tous, inférieur à celui de l’E.P.S. ou de l’histoire-géographie.

Globalement, la philosophie ressort de cette réforme considérablement affaiblie dans la voie technologique : on constate presque partout la disparition de ce qui restait des dédoublements ; certains collègues enseignant majoritairement dans cette voie peuvent avoir plus de 250 élèves, qu’ils ne voient qu’en classe entière. De telles conditions de travail sont inacceptables. On demande l’impossible aux professeurs ; et aux élèves de travailler pour réussir des épreuves infaisables dont la rentabilité scolaire sera pratiquement nulle.

Le Ministère doit prendre une décision : si la philosophie est jugée utile à la formation intellectuelle des futurs bacheliers technologiques, qu’elle soit assortie d’un coefficient digne de ce nom, d’épreuves renouvelées et de conditions de travail décentes pour les professeurs comme pour les élèves.

● Recommandations de l’Inspection générale sur les nouveaux programmes

Concernant les nouveaux programmes, l’ACIREPh considère qu’il s’agit de non-programmes, plus indéterminés encore que les actuels, qui ne limitent d’aucune manière l’étendue possible des sujets d’examen, et sont donc infaisables, contraires à la démocratisation scolaire et à la valeur formatrice de la philosophie.

L’ACIREPh souhaite savoir quelle sera la valeur normative de ces recommandations. Dans quelle mesure s’agira-t-il d’un texte opposable aux chefs d’établissement ou aux parents d’élèves ? Seront-elles publiées au B.O., comme l’étaient les instructions de 1977 sur le travail des élèves ? À défaut, ces recommandations n’auront aucune place dans la hiérarchie des normes applicables aux professeurs de philosophie.

L’ACIREPh propose que ces recommandations de l’IG :

- expriment la nécessité de s’appuyer sur des connaissances positives en sciences naturelles et sociales (biologie, physique, histoire des sciences, linguistique, sociologie, économie, histoire, ethnologie). Les instructions de 1977 étaient sur ce point plus ambitieuses que les actuelles recommandations de l’IG. Il serait souhaitable, notamment, de reprendre l’idée de l’avant-projet de programme du GEPP Guenancia-Burbage de demander, pour la notion « la science », qu’elle soit abordée en lien avec l’étude d’un concept scientifique. D’une manière générale, la valeur formatrice du cours de philosophie serait accrue si les notions étaient étudiées avec le soutien d’informations précises empruntées aux divers champs de la recherche scientifique. L’institution devrait prendre en charge cette dimension du travail philosophique, par le biais notamment de la formation continue.

- clarifient le rôle des « perspectives » ajoutées in extremis par la DGESCO dans la dernière mouture des futurs programmes. Les formulations qui les caractérisent dans le texte officiel sont en effet contradictoires. Dans quelle mesure ces perspectives peuvent-elles limiter l’étendue possible des sujets du baccalauréat ? Si elles ne le peuvent pas, cela doit être clairement dit : que le public sache qu’en philosophie, une simple liste alphabétique tient lieu de programme, et que toutes les dimensions d’une notion comme tous les croisements possibles entre notions peuvent être donnés au baccalauréat.

- clarifient le rôle des repères conceptuels et lexicaux, notamment par rapport aux sujets d’examen. S’il s’agit de connaissances attendues et exigibles des candidats, l’ACIREPh s’en félicite ; mais cela doit être clairement précisé.

- tiennent compte des évolutions pédagogiques de ces dernières décennies, et promeuvent, sans prescrire, des formes variées d’activités en classe : notamment les débats à l’oral (procès, colloques des philosophes), les travaux d’écriture autres que la dissertation ou l’explication de texte (dialogues, essais argumentés), les travaux en groupes, l’utilisation du cinéma et des séries télévisées. Les dernières recommandations de l’IG, de 2016, étaient à cet égard en recul par rapport aux instructions de 1977, qui faisaient référence notamment aux débats oraux.

- ne présupposent pas chez tous les élèves des savoir-faire qui ne sont maîtrisés dans les faits que par une minorité d’entre eux. La prise de notes n’est pas, à l’arrivée en Terminale, maîtrisée par la plupart des élèves. Il ne suffit donc pas d’affirmer qu’elle fait l’objet d’une « attention spécifique » du professeur (recommandations de 2016). Il faut encore expliquer par quels moyens il peut et doit accompagner progressivement l’acquisition de cette capacité, qui sera discriminante dans l’enseignement supérieur. Si ces recommandations doivent être utiles notamment aux collègues débutants, elles doivent faire droit aux difficultés que suscitent ces conditions pratiques élémentaires de notre enseignement.

- mentionnent des solutions efficaces et concrètes pour surmonter les obstacles liés aux devoirs réalisés « en temps libre » c’est-à-dire à la maison. Des invocations telles que « le risque de plagiat ne doit pas conduire à y renoncer » (recommandations de 2016) sont aussi vagues qu’inutiles et ne sont pas conformes à ce que les enseignants sont en droit d’attendre de l’Inspection générale. Il serait raisonnable, à cet égard, de souligner le caractère prioritaire des devoirs surveillés en temps limité, et de limiter le nombre recommandé de devoirs « type bac » par année scolaire à 4 devoirs en temps limités pour la voie générale, 2 pour la voie technologique.

- enfin et surtout, clarifient les critères d’évaluation des copies du baccalauréat. Le flou méthodologique qui enveloppe la dissertation et l’explication doit être dissipé. À cet égard, la note de service du 31 juillet 2012 n’est pas satisfaisante : les formulations consacrées aux objectifs qui sont évalués dans l’épreuve de philosophie (« construire une réflexion », « conduire un raisonnement de manière rigoureuse », « procéder avec méthode ») ne résistent pas à l’épreuve des faits, en particulier à celle des commissions dites d’harmonisation. On y constate chaque année l’ampleur des divergences d’appréciation et de notation qui, couplée à l’illimitation des sujets possibles en l’absence d’un véritable programme, rend pratiquement impossible la sanction du travail effectivement accompli par les candidats en philosophie. Les correcteurs ne savent plus ce qu’ils évaluent, en particulier, mais pas uniquement, dans les séries technologiques. Ce flou n’empêche pas certains collègues d’avoir des représentations très stéréotypées sur ce que doit être une dissertation. L’institution a le devoir d’être claire. Soit il y a des règles de la dissertation, et elles doivent être écrites. Soit il n’y en a pas, et il faut alors indiquer que toute forme de texte d’une certaine ampleur (laquelle ?) pertinent sur le sujet peut obtenir la note de 20/20 et qu’aucun correcteur n’a le droit de lui opposer l’absence d’une problématique, d’un certain nombre de parties, etc. Il faut redonner un cadre sérieux à l’épreuve de philosophie du baccalauréat, examen national : les critères d’évaluation doivent être précisés et rendus contraignants ; les réunions d’harmonisation doivent être obligatoires ; les arbitrages qui en émergent doivent être suivis d’effet pour tous les correcteurs.

Position de l’ACIREPh sur les nouveaux programmes

Extraits du communiqué du 22 août 2019

« L’ACIREPh le réaffirme : ces programmes sont des non-programmes, sans la moindre structure ni limitation, autorisant toutes les dimensions d’une notion et tous les croisements entre notions. Une simple liste alphabétique n’est pas un programme et serait, dans toute autre discipline, accueillie avec incrédulité ou dérision et immédiatement désavouée avec toute la vigueur du bon sens.

Un tel programme prétend garantir la liberté philosophique des professeurs, mais accomplit en réalité l’inverse : ce n’est pas parce qu’un programme est indéterminé qu’il offre davantage de liberté. Au contraire : plus il est centré sur quelques problèmes précis à étudier, sur lesquels les candidats à l’examen pourront être évalués, plus les professeurs ont de temps et de latitude pour approfondir et diversifier les approches philosophiques avec leurs élèves.

L’innovation consistant à introduire ’trois perspectives’ ne trompe personne. Dans un programme structuré, les notions seraient rattachées explicitement à un domaine ou un champ, à une ’perspective’. Ici rien de tel : les « perspectives » tout à la fois, « ordonnent l’étude des notions » sans être rattachées à aucune d’entre elles, et « orientent vers des problèmes » sans qu’aucun d’eux ne soit explicités. Il est dit qu’elles « ouvrent » à des problèmes sans obliger, et que les professeurs sont simplement « invités à les prendre en compte ». Elles sont censées limiter les sujets d’examen ; mais aucun critère n’est stipulé pour distinguer si un sujet d’examen correspond ou non au cadre illusoire de ces « perspectives ». Il n’existe donc en vérité aucune détermination ; aucune obligation d’envisager les notions selon les trois perspectives ; mais aucune obligation non plus de les envisager selon l’une ou l’autre ; aucune obligation en définitive de prendre en compte ces perspectives.

Ces perspectives finissent ainsi par apparaître pour ce qu’elles sont : rien. La multiplication des dénégations est symptomatique, et l’on voit que ce programme n’a qu’une visée : se nier lui-même en tant que programme. »

Position de l’ACIREPh sur les futures épreuves du baccalauréat

Extraits du communiqué du 18 février 2020

« Dans la voie générale, contrairement au projet présenté par la DGESCO en septembre 2019, la dissertation accompagnée d’un corpus de textes est abandonnée. Cependant, elle n’est pas remplacée par une dissertation guidée, et l’explication de texte demeure inchangée. Ainsi, contrairement aux demandes de l’ACIREPh, l’épreuve de philosophie du baccalauréat général reste identique à ce qu’elle est depuis des décennies : inadaptée, inégalitaire, antidémocratique, impossible à évaluer sérieusement.

Mais le constat le plus désespérant concerne le baccalauréat technologique, où toutes les consultations de la profession témoignaient pourtant de l’urgence de transformations, partagée quasi unanimement. La généralisation des formats d’épreuve expérimentés depuis 2018 en STHR, envisagée par la DGESCO en septembre 2019, est finalement enterrée. Seul le troisième sujet d’explication de texte adoptera la nouvelle forme, faisant précéder la compréhension synthétique par les questions d’analyse et comportant davantage de questions pour mieux guider les candidats dans leur travail. L’ACIREPh approuve cette évolution, mais regrette vivement que la dissertation guidée par des questions, expérimentée avec un relatif succès en STHR, n’ait pas été adoptée dans l’arbitrage final du Ministère.

Les deux associations représentatives des professeurs de philosophie, l’ACIREPh et l’APPEP, soutenaient le renouvellement des épreuves pour la voie technologique, moyennant quelques conditions qu’il était aisé de mettre en œuvre. Manifestement, quelques protestations, émanant d’une poignée de conservateurs n’ayant pas enseigné en STI ou en STMG depuis fort longtemps, auront eu raison du Ministère. L’ACIREPh exprime son incompréhension la plus complète à l’égard de ce revirement irresponsable, et demande au Ministère de rendre compte des raisons de sa décision.

Nous aurons désormais un programme et des épreuves qui, en raison de difficultés connues et exposées dans divers rapports commandés par le Ministère, ont une valeur formatrice discutable, associés, dans la voie technologique, à un coefficient ridicule, le plus faible de toutes les épreuves de cette voie. Ainsi, tandis que certains idéalisent et défendent des exercices qui ne sont pourtant nullement nécessaires à la pratique de notre discipline, on abaisse les coefficients des épreuves – pour compenser les pertes anticipées ou pour donner une idée de la valeur réelle qu’on attribue à la philosophie pour les élèves de la voie technologique.

L’ACIREPh avait travaillé à des propositions concrètes pour des exercices faisables, exigeants et formateurs. Elle continue à les demander, associés à un coefficient normal, et s’étonne qu’un programme et des épreuves reposant sur des mythes pédagogiques avérés soient reconduits par un Ministère qui souhaite se défaire des illusions pédagogiques. »


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