Acireph : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la PHilosophie

La guerre des programmes : Acte 5, épisode 1

Le lancement de la réflexion sur la réforme des programmes de philosophie Mars 1998 – décembre 1999
vendredi 9 août 2013 par Serge Cospérec

1. Documents

Le Compte-rendu officiel de la journée disciplinaire du 13 mars 1998 à Dijon

La revue Le Débat a publié dans son numéro de septembre 1998 les points de vue d’A. Renaut, de P.H. Tavoillot, d’A. Pessel, et de B. Bourgeois dans le cadre d’un dossier intitulé : « Comment enseigner la philosophie ? ».

La fin du modèle français, par Pierre-Henri TAVOILLOT

Clarifier les possibles, par Alain RENAUT

La philosophie des programmes actuels de philosophie par André PESSEL 

Les attentes culturelles et l’exigence philosophique par Bernard BOURGEOIS

Alain RENAUT dans l’émission « Répliques » du 13 mars 1999 d’Alain Finkielkraut

BO Juillet 1999 - Composition du GTD de Philosophie

SNES - Publication aux adhérents du Groupe Philosophie - Septembre 1999

ROSAT, Profs de philo, réveillez-vous !

L’entrée en scène de l’ACIREPh, le Colloque d’octobre 1999

Bulletin n°5 : Réforme des programmes : engageons le débat ! et texte de l’intervention d’Alain Renaut au Colloque d’octobre 1999

Jean-Jacques ROSAT, La raison en quels cratères ?, l’Humanité, novembre 1999.

Auto-présentation du GTD de philosophie, décembre 1999

Enfin un petit document relatif à la dimension idéologique de l’opposition à Alain Renaut en appui à l’explication ci-après (cf. 4° "Quand le politique brouille le pédagogique") - Quelques "philosophes" déclarant leur soutien à Chevènement à la présidentielle de 2002.

Coutel, Fichant, Pena-Ruiz, Debray, Redeker soutiennent l’appel à la candidature de JP Chevènement

2. Présentation de l’épisode 1


  1. La journée disciplinaire du 31 mars 1998.
  2. Le GTD se présente : la franchise du discours ou l’art de se faire des ennemis
  3. Quand le politique brouille le pédagogique : Alain Renaut battu par Jean- Pierre Chevènement ?

1. La journée disciplinaires du 31 mars 1998. Son objet, son intérêt.

On peut considérer que la réflexion sur la réforme des programmes de philosophie est lancée, au moins symboliquement, par la Journée disciplinaire sur l’enseignement de la philosophie qui s’est tenue à Dijon le 31 mars 1998. Son objectif était d’établir, devant les difficultés constatées en philosophie, « une sorte de recensement et d’argumentaire des positions envisageables » : « De la défense du statu quo à la conviction qu’une réforme de l’enseignement de la philosophie est nécessaire, ainsi qu’aux diverses conceptions possibles de cette réforme, bien des désaccords peuvent assurément et même doivent s’exprimer, à partir de l’explicitation desquels il importera ensuite de travailler ensemble à se comprendre et à se convaincre ». Les principaux acteurs de ce que l’on appellera la « querelle » ou « la guerre » des programmes sont là : Alain Renaut, futur président du GTD de Philosophie qui initiera la réforme ; Christiane Menasseyre, Doyenne de l’Inspection Générale de Philosophie qui mobilisera tous ses réseaux pour faire échouer le projet de réforme, les représentants des deux principales associations de professeurs de philosophie : l’APPEP attachée à la conservation du statu quo, farouchement opposée à la réforme ; l’ACIREPh qui apportera au contraire un soutien critique mais résolu aux propositions de réforme du Groupe Technique présidé par Alain Renaut.

Une journée animée… un rapport édulcoré.

La lecture du compte-rendu officiel de cette journée laisse un peu sur sa faim : il lisse les débats pour ne heurter personne et il faut bien souvent lire entre les lignes pour percevoir les points qui ont fait l’objet de vifs désaccords lors de cette journée à laquelle nous avons assisté. Donnons-en quelques exemples.

André Pessel, Inspecteur Général, attaque bille en tête...

Le compte-rendu officiel présente ainsi l’intervention de l’Inspecteur Général Pessel, en mission dans ces journées pour le compte de la Doyenne de l’Inspection, Mme Menasseyre : « André Pessel dégage "la philosophie des programmes actuels", en soulignant son embarras pour déterminer ce qu’il faut entendre par "programmes actuels", dans la mesure où le GTD de Philosophie, co- présidé par Madame Menasseyre et Monsieur Dagognet, a élaboré de nouveaux programmes à l’égard desquels le Conseil National des Programmes a émis un avis défavorable » [1].
Il s’agissait en fait d’une attaque en piqué d’André Pessel contre le CNP [2], présidé par Luc Ferry dont les liens avec Alain Renaut étaient connus et d’un discours de défense du statu quo niant, comme à l’habitude, l’existence de toute difficulté et même de tout désaccord réel ( !) entre les professeurs de philosophie (ce que la suite des évènements se chargera de démentir). Le propos réel de l’Inspecteur Pessel était nettement plus incisif. Commençant par expliquer que le titre de son intervention « la philosophie des programmes actuels » signifie « que la philosophie est à elle-même sa propre norme lorsqu’il s’agit d’élaborer des programmes, des textes réglementaires », il poursuivait ainsi : « que signifie philosophie dans le titre ? Une norme immanente à une pratique qui se constate dans les classes de philosophie, une norme immanente à la réalité de l’enseignement tel qui se pratique et se rencontre partout dans la classe de philosophie, lieu émouvant où il y a un maître et des élèves ». Ce qui signifiait deux choses : 1° que le CNP n’avait aucune légitimité à se prononcer sur des programmes de philosophie, ni même aucune institution extérieure (comme si la philosophie n’était pas faite pour l’école mais l’école pour la philosophie !) ; 2° que seule l’Inspection était légitime [3] puisqu’elle seule « inspectait » c.à.d. était en mesure de regarder et d’observer ce qui se passe dans les classes [4] et qu’elle n’y aurait constater qu’une formidable « convenance » des pratiques. La suite du propos était plus explicite : « les connaissances ont une nécessité interne. La philosophie est d’abord une opération que l’on pratique dans les classes de philosophie ; les professeurs de philosophie ne sont pas des « transmetteurs » de savoir, ils ne sont pas des « intermédiaires culturels » comme l’écrit le C.N.P. » (…) « Il y a eu deux GTD successifs [les GTD Beyssade et Dagognet, cf. actes 3 et 4] puis un avis extraordinairement négatif du CNP sur les travaux du dernier GTD, ce qui pose le problème du poids relatif des institutions : qu’est-ce qu’un C.N.P. ? Qu’est-ce qu’un GTD ? Qu’est-ce qu’un Colloque ? Il faut des réponses quant aux garanties institutionnelles » ; André Pessel reprenait enfin l’affirmation péremptoire, scandée à l’identique d’année en année : « le baccalauréat de philosophie ne se passe pas plus mal que dans d’autres disciplines, il faut cesser d’avoir peur de nous-mêmes » - motif hypnotique caractéristique de la Novlangue Inspectorale.

La riposte d’Alain Renaut...

La tirade mettant en cause également la Journée Disciplinaire que présidait Alain Renaut et les travaux éventuels d’un futur GTD, quelle fut sa réponse de celui-ci ? Dans le rapport officiel, il écrit ceci : « jouant son rôle d’instance consultative, le CNP a considéré qu’en raison de son indétermination, le projet du GTD ne prenait pas suffisamment en compte la perspective, pour la philosophie elle-même, de participer à l’élaboration de ce noyau commun dont l’on pourrait considérer qu’il correspond à la culture partagée par les lycéens au sortir du second degré ». Mais en séance la réponse fut plus cinglante, on entendit en effet ceci : « pour répondre aux observations de M. Pessel, l’avis du CNP n’est pas individuel, il engage 22 personnes, c’est un avis collectif et adopté collectivement. Il est faux d’affirmer que l’avis rendu était « extraordinairement négatif », c’était un avis « réservé ». Il ne remet en cause ni le choix des notions, ni la liste des auteurs, ni la dissertation, mais il dit que ce programme est trop indéterminé et que tout peut s’y inscrire. Or l’éthique de la responsabilité ou, si l’on veut, la morale conséquentialiste, nous oblige à reconnaître l’extrême diversité de ce qui s’enseigne dans les lycées et les problèmes que cela entraîne ; d’où le légitime souci du commun. Le noyau commun de ce qui pourrait-être une culture commune n’est ni nommé ni défini ; il n’y a pas de contenus partagés, pas de « points de passage » ; il n’y a pas davantage de « conspiration monadologique » entre professeurs. Ce noyau commun existe-t- il ? Si la situation n’est pas pire en philosophie que dans les autres disciplines, il n’empêche qu’on ne saurait s’en contenter : il faudrait que cela soit meilleur. C’est pourquoi il faut rediscuter le projet et c’était le sens d’une demande de références communes et d’une série listée de problématiques » [5].
Relevons au passage l’allusion leibnitzienne mais pour nier l’existence d’une « conspiration monadologique » miraculeuse entre les professeurs … c’était là encore une réponse direct à l’argument d’André Pessel soutenant l’existence une « connivence » spontanée des professeurs de philosophie, entendue, précisait- il, « au sens spinoziste » : « dans la pratique les professeurs « conviennent » entre eux et au-delà même de la conscience qu’ils en ont » (sic), « ils s’accordent entre eux beaucoup plus qu’ils ne le pensent » [6]. Fort de ce constat œcuménique, l’Inspecteur Pessel y voyait la preuve que « le cours obéit à une norme idéale » et que les professeurs « partagent la norme immanente de l’idée vraie de l’enseignement philosophique » (re-sic !). On peut cependant, sans manquer de respect à Spinoza, douter de l’existence (même immanente) de cette prétendue « idée vraie » de l’enseignement de philosophie ; ou au moins douter que « cette idée vraie » soit identique à celle que défend justement, en France, dans les années 90, l’Inspection générale de philosophie… qui en a tant de fois changé en un siècle. Quel était l’intérêt de cette journée ?
Pour la première fois en trente ans, les problèmes de l’enseignement de philosophie pouvaient être, sinon discutés, au moins exposés publiquement au grand dam de ceux qui s’appliquaient à en masquer l’existence. L’Inspection Générale de Philosophie avait réussi, jusque-là, à empêcher tout débat, niant rituellement les difficultés par un discours défensif disant à peu près toujours la même chose : l’enseignement de philosophie se porte très bien et s’il y a des problèmes, la faute en revient exclusivement à l’École (qui n’instruit plus) et à la Société (devenue marchande). A ceux qui, malgré tout, entendaient manifester leurs interrogations, l’Inspection répondait par un argument stratégique : ne pas évoquer les problèmes en public sous peine de fournir des prétextes à ceux qui souhaitent supprimer la philosophie, à savoir « le Pouvoir » [7]. L’argument usé jusqu’à la corde du « complot » jouait des peurs et continuait de fonctionner (chaque professeur s’imaginant tel un moderne Socrate) ; l’Inspection se posant en « rempart » de la citadelle philosophique contre ces terribles menaces en retirait un bénéfice symbolique certain : l’attaquer, c’était attaquer l’enseignement de la philosophie en France. Obligation était ainsi faite aux professeurs de parler con una sola voce ; toute critique étant assimilée à un acte de trahison [8]. La journée de Dijon eut donc bel et bien un effet libérateur. Il était enfin possible de parler… il devenait possible d’espérer.

2. Le GTD se présente : la franchise du discours ou l’art de se faire des ennemis
Dans le texte où il présente le GTD, Alain Renaut expose les raisons de la réforme des programmes et les principes qui la conduiront. Il commence souligner l’écart entre les bienfaits supposés de « cette bienheureuse exception française que constitue l’enseignement de la philosophie dans les classes terminales des lycées » et la triste réalité d’un enseignement discrédité « où l’on a près de trois chances sur quatre de ne pas atteindre la moyenne » au baccalauréat, où « la relation entre les efforts investis et le résultat obtenu est si peu régulière et cohérente » qu’elle induit « marginalisation de la discipline ». Examinant ensuite diverses « explications » de cet état de fait, Alain Renaut expose, pour mieux la réfuter, « l’argumentation » des conservateurs qu’il résume ainsi : « l’enfer, ce sera bien sûr, une fois de plus, les autres, en l’occurrence les autres disciplines (selon les cas : les mathématiques, le français, les sciences humaines...), de même que les médias et leur concurrence déloyale, la société marchande, le libéralisme politique et son amnésie de la République. Conséquence : le professeur de philosophie se devra, par les difficultés mêmes qu’il rencontrera et que ses élèves affronteront, d’être un résistant - sa résistance et (pourquoi pas ?) sa dissidence résidant précisément dans sa volonté d’aiguiser encore ces difficultés, ou du moins de les laisser se creuser, de manière à faire ressortir enfin l’affaissement généralisé. ». S’étant déjà mis à dos la partie de la corporation porteuse de ce discours, Alain Renaut commet l’irréparable en rappelant qu’il s’agit, de fait, de la « position effectivement tenue, au premier chef par l’Inspection Générale de philosophie ».

L’universitaire a ses franchises, il fait visiblement peu de cas de cet « État dans l’État » (selon le mot d’un ancien Recteur) qu’est, alors, l’Inspection Générale de Philosophie dont il sous-estime visiblement le pouvoir de nuisance. Et d’ironiser sur « cette analyse de la crise » qui instrumentalise les professeurs « selon un raisonnement typiquement utilitariste » : « Les souffrances des uns, aujourd’hui, seront compensées par le bonheur et par la liberté des autres, demain : quand les Lumières se seront propagées, on rasera gratis dans un monde entièrement éclairé - celui où aura été enfin réalisé l’audacieux programme d’une " republication de l’œuvre de Condorcet sur l’Instruction publique " et où chaque citoyen aura compris dès l’enfance qu’il doit " connaître sans cesse davantage la bibliothèque républicaine ; alors, à n’en pas douter, le philosophe-professeur qui, par sa vigilance de tous les instants et par sa résistance opiniâtre, aura contribué à ce beau succès, pourra sortir de sa coquille ou, s’il a survécu à la régression de l’esprit, abandonner sa cuirasse - bref, comme le demandait Socrate en plaisantant lors de son procès, il sera conduit enfin au prytanée. En attendant, le mieux à faire serait de constater qu’il n’y a rien à faire, sinon, comme disait Heidegger, attendre, drapé dans sa dignité, et maintenir le cap. ». L’ironie savoureuse du propos est peu oecuménique ! Outre les heideggériens (encore très puissants à ce moment), Renaut attaque frontalement le camp des « républicains » (autoproclamés) : Charles Coutel (président de l’APPEP), Michel Fichant, Catherine Kintzler (APPEP), Régis Debray, et plus largement toute la fraction d’une corporation traditionnellement sensible au thème républicain. Et cela, au moment même où la contestation des réformes du ministère Allègre s’énonce dans les termes d’une violente controverse opposant les « républicains » aux « pédagogues ». Alain Renaut a beau dans la suite du texte se réclamer « d’une version plus authentique (…) de l’idée républicaine », il a d’une certaine manière déjà scellé son sort : l’APPEP, les « néo-républicains » de tout poils, Inspection Générale de Philosophie en tête, n’auront de cesse de persuader la corporation des philosophes, prête à les croire, des visées « idéologiquement libérales » des programmes dits "Renaut".

On ne saurait que trop recommander la lecture de ce texte de présentation, qui au-delà des passages à charge polémiques ici évoqués, comprend une analyse forte et précise des difficultés de notre enseignement. On y verra aussi que les principes inspirant la réforme, n’avaient rien de révolutionnaire, loin s’en faut

3. Quand le politique brouille le pédagogique : Alain Renaut battu par Jean- Pierre Chevènement ?

Rétrospectivement, on peut se demander si les choses n’étaient pas d’ors et déjà très mal engagées.

  1. La Journée Disciplinaire s’inscrivait dans le cadre d’une consultation (« quels savoirs enseigner dans les lycées ? ») voulue par Claude Allègre, le Ministre de l’Éducation Nationale probablement le plus rejeté des enseignants, notamment en raison de ses propos régulièrement odieux à leur égard et auteur du slogan « il faut dégraisser le mammouth ». Ce même Allègre qui fustigeant l’absentéisme des professeurs donnait l’exemple prétendu d’un « professeur de philosophie » en « de poterie ». La présidence du comité d’organisation de cette consultation avait été confiée à Philippe Meirieu, actif promoteur de la « pédagogie » (bête noire pour cette raison de l’Inspection Générale de Philosophie et de l’APPEP), ce qui dans le contexte français des débats opposant « républicains » et « pédagogues » (ou « républicains » et « démocrates ») ne pouvait qu’attiser les passions. L’opposition à toute réforme en philosophie sera d’ailleurs placée durant toute cette période sous l’étendard de la croisade contre le « pédagogisme ». L’article de Régis Debray « Êtes-vous démocrate ou républicain ? » paru dans le Nouvel Observateur en 1989 établissant le lien entre la question pédagogique et la question politique.
  2. Perçus comme des libéraux – en dépit de leurs différences manifestes - Luc Ferry (président du CNP) et Alain Renaut (futur président du GTD), co-auteurs d’ouvrages de philosophie politique, s’étaient aussi rendus impopulaires dans une partie de la profession après leurs attaques contre Deleuze, Foucault ou Derrida dans leur pamphlet « La Pensée 68 » [9].
  3. A quoi on peut ajouter la critique sarcastique faite par Alain Renaut dans son texte de présentation des positions de l’Inspection Générale de Philosophie, de l’APPEP et de la vielle garde néo-républicaine.
  4. Le contexte politico-philosophique est également essentiel pour comprendre ce qui se va jouer par la suite. Ce qu’on appelle la « guerre des programmes » est une lutte politique propre à la scène philosophique française qui n’a pas grand rapport, au final, avec les programmes de philosophie. L’argument (inepte) du caractère « idéologique » et « libéral » des programmes du GTD Renaut sera constamment mis en avant pour mobiliser les professeurs ; il permettra la constitution d’un « front du refus » allant de l’extrême gauche et de certains communistes (comme le très actif Jean-Paul Jouary) aux « républicains » progressistes et conservateurs (une partie de l’APPEP et de l’Inspection). Ce rapprochement était facilité, après la chute du mur de Berlin, par le passage certains de nombre de « philosophes » français d’Althusser à Chevènement, de la célébration de Marx (ou de Mao) à celle de De Gaulle. Rappelons aussi que pour des raisons philosophiques et historiques, le courant dit « républicain » est très fort chez les professeurs de philosophie ; on ne s’étonnera donc pas que certaines des vedettes médiatiques du combat contre le « libéral » Renaut appelleront en 2002 à soutenir la candidature de Jean-Pierre Chevènement aux élections présidentielles : Charles Coutel (président de l’APPEP au moment de la guerre des programmes), Michel Fichant (qui avec Denis Kambouchner mènera la charge contre Renaut et obtiendront sa tête ainsi que sa place pour le premier !), Henri Pena-Ruiz (de l’APPEP, promoteur en 1983 avec Françoise Raffin d’une pétition contre les propositions de Derrida-Bouveresse ; les deux compères récidiveront d’ailleurs contre Renaut), Danielle Sallenave (également signataire de la pétition contre Renaut), Catherine Kintzler (de l’APPEP), Robert Redeker et, bien sûr, Régis Debray.

[1Relevons au passage ce splendide AVEU (et cette confirmation !) « le GTD de Philosophie, co-présidé par Madame Menasseyre [sic !] et Monsieur Dagognet »… chacun se souvient qu’officiellement c’était l’Inspecteur Général Lucien et non Christiane Menasseyre qui co-présidait le GTD avec François Dagognet (voir l’acte 4) mais qu’en vérité c’était effectivement la future Doyenne qui était à la manœuvre et a écrit ce projet co-signé par Dagognet qui en fera, plus tard, une sévère critique…

[2Conseil National des programmes, institution consultative alors chargé de faire des recommandations pour les programmes scolaires et de donner des avis sur les projets présentés par les groupes techniques disciplinaires. Il a été supprimé sous Sarkozy et réintroduit en 2014 sous le nouveau nom de Conseil supérieur des programmes, mais sans grand moyen à la différence du précédent.

[3Il s’agit d’un argument typiquement technocratique caractéristique du discours de propagande de « l’expert » qui cherche à convaincre qu’il est le seul possible parce que le seul compétent. Les autres discours sont relégués au titre de bruits insignifiants.

[4Argument classique omettant le caractère particulièrement biaisé de ce « regard » lorsqu’on sait comment l’Inspection de l’époque s’évertuait à imposer aux professeurs de philosophie son idéologie de l’enseignement « authentiquement philosophique de la philosophie ».

[5D’après le verbatim de Serge Cospérec (document original archives ACIREPh).

[6ibid.

[7D’une Inspectrice Générale à des professeurs lors d’une réunion d’entente au moment du baccalauréat : « Attention, nous sommes dans l’oeil du cyclone ». C’est le genre de propos qu’on entendait régulièrement au moment des corrections du baccalauréat, période dangereuse où les difficultés de l’enseignement se révèlent cruellement.

[8Anecdote à de propos : lors des discussions en plénière, Serge Cospérec était intervenu pour dire son étonnement qu’on puisse considérer la pédagogie comme une menace pour l’enseignement de philosophie et non comme un réquisit évident de tout enseignement scolaire. Sur le quai de la gare de Dijon, en attente du train pour Paris, la Doyenne de l’Inspection Générale le saisit amicalement par la manche et lui tînt ce discours : « bien sûr, nous devons être pédagogues, cela va de soi, mais il ne faut pas utiliser ces mots car ce sont les mots de nos ennemis » (sic !) [témoignage personnel]. Les « opposants » à la doctrine officieuse portée par l’Inspection furent tous régulièrement traités de « fossoyeurs » (sic !) de l’enseignement de philosophie.

[9Cf. A. Renaut, L. Ferry, La Pensée 68, Gallimard, 1985 (rééd. en coll. Folio / Essais, 2005). Cet ouvrage médiocre inaugurait un genre éditorial très prisé par la suite. Pour une critique, lire par exemple l’article de Pierre Macherey, Réflexions d’un dinosaure sur l’anti-humanisme (1991), (in Le gai renoncement, supplément à Futur antérieur, L’Harmattan 1991, p. 157-172) ; consultable en ligne à http://stl.recherche.univ-lille3.fr/sitespersonnels/ macherey/machereybiblio39.html (pages consultées de 10 mai 2010).


Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 202 / 27696

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Les programmes  Suivre la vie du site La guerre des programmes   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License