Acireph : Association pour la Création d’Instituts de Recherche sur l’Enseignement de la PHilosophie

La guerre des programmes : Acte 5, épisode 2

Le calme avant la tempête. Le GTD Renaut consulte et élabore son projet (mars 2000 -juin 2000)
jeudi 8 août 2013 par Serge Cospérec

Documents


GTD Renaut - projet de Programmes - 8 mars 2000

GFEN, remarques sur le projet du GTD, janvier 2000

ACIREPh Bulletin n°6, janvier 2000 - Poursuivons le débat !

ACIREPh Bulletin n°7, mars 2000 - Les pièces du Débat ; propositions sur le projet Renaut

André PESSEL - Intervention au Colloque franco-italien du 3 mai 2000

ACIREPh Bulletin n°8, mai 2008 Projet du GTD et positions de l’ACIREPh

SNES - intervention devant le Conseil Supérieur de l’Education - 25 mai 2000

Présentation de l’épisode


Le GTD présente son projet, quand, patatras !, le Ministre de l’Éducation démissionne...

Rappelons que Claude Allègre, Ministre de l’Éducation, a nommé Alain Renaut, le 12 janvier 1999, président du GTD (Groupe Technique Disciplinaire) chargé d’élaborer de nouveaux programmes de philosophie.

De mars 1999 à juin 2000, le GTD consulte, multiplie les rencontres (Inspection, associations, syndicats). En dépit du refus de Claude Allègre d’organiser une quelconque consultation, le GTD diffuse largement son travail ; il présente dès le mois décembre 1999 son avant-projet sur le site du CNDP, distribue le texte aux associations et syndicats, et poursuit ses consultations. Le 8 mars 2000 le projet est présenté officiellement.

Le ministre démissionne !

Le 27 mars 2000, Claude Allègre, dans le même temps, atteint des sommets d’impopularité et finit par démissionner. Jack Lang le remplace ; il est chargé de réconcilier les enseignants avec le Gouvernement de gauche. Les partisans du statu quo se disent que la réforme en philosophie ayant été initiée sous l’ancien Ministère, elle pourrait bien tomber avec lui. Sous le calme apparent, la fronde contre le texte s’organise : l’Inspection Générale, qui ne digère pas son éviction par Claude Allègre, s’active dans la coulisse, bien décidée à saboter la réforme et à reprendre sa place. Une alliance de circonstance est nouée entre l’Inspection et l’APPEP qui, dans le même temps, se radicalise. L’ancienne complicité d’Alain Renaut (président du GTD) et de Luc Ferry (président du CNP) complique encore un débat déjà mal engagé, surtout que Luc Ferry n’hésite pas à exposer ses propres vues dans la presse. L’Inspection et l’APPEP en profitent pour accréditer l’idée que en accord avec les vues de Luc Ferry le GTD veut remplacer la philosophie par l’histoire des idées.

Mais les conservateurs peinent encore à se faire entendre
Le projet de programmes est accueilli assez favorablement par les professeurs conscients des difficultés et de la nécessité d’un aggiornamento. Un point du projet est très discuté : les « questions à ancrage contemporains ». Elles séduisent les uns tandis que les autres sont perplexes. Les critiques portent principalement sur l’ampleur du programme car l’allégement promis ne semblent pas au rendez-vous ; les professeurs s’inquiètent de la faisabilité du programme augmenté, à leurs yeux, de ces questions. Seule une minorité en conteste de façon virulente le principe et le contenu. Elle s’emploiera par la suite à focaliser l’attention sur ces questions présentées comme des « questions d’actualité » et comme idéologiques. On a de la peine à croire aujourd’hui que tant de professeurs se soient laissés prendre à cette présentation : les questions étaient bien des questions philosophiques proposées en approfondissement du programme (par exemple « la maîtrise de la nature »). Les opposants au projet sont si minoritaires que le Monde de l’Éducation de mars-avril 2000 titre : “ la guerre des programmes n’aura pas lieu ” ! C’est ce qu’avait cru pouvoir conclure, dépité, son journaliste, de son enquête au près des syndicats et associations (y compris l’APPEP citée dans l’article).

Le projet est finalement adopté sans bruit ni fureur au Conseil Supérieur de l’Éducation mais les conservateurs ne désarment pas.... La vieille garde conservatrice s’organise pour agréger les mécontents. Elle entend profiter de la nomination de Jack Lang, chargé de pacifier un monde enseignant sévèrement bousculé (et insulté !) par le Ministère Allègre. Sans surprise elle lui demande l’annulation pure et simple de la réforme. Le projet du GTD suit son chemin institutionnel. Il reçoit d’abord un avis positif du Conseil National des Programmes puis il est présenté devant le Conseil Supérieur de l’Education où il est adopté à une large majorité le 25 mai 2000 avec notamment l’appui du SNES.

Fin mai la situation se tend. L’APPEP brandit la menace d’un blocage du baccalauréat. Le début de mois de juin étant propice à la mobilisation, l’Inspection se sert des réunions d’harmonisation et d’entente pour chauffer les troupes (toujours un énervées à cette saison à cause du baccalauréat). Jack Lang est embarrassé, il ne veut pas que s’ouvre un nouveau conflit. D’un côté, l’Inspection (qu’il souhaite réintégrer dans le jeu institutionnel) et l’APPEP le somment d’abandonner la réforme dans un « souci d’apaisement » ; d’un autre côté, le Ministre peut difficilement bafouer la légitimité institutionnelle de la réforme : le texte a été voté au CNP et au CSE, il doit être publié. Très logiquement, Alain Renaut a fait savoir qu’il démissionnerait en cas d’abandon du texte. Jack Lang tente de rassurer tout le monde : la réforme se poursuivra, mais les professeurs seront associés et consultés (ce que refusait Claude Allègre) et, tout cela, sous l’égide de l’Inspection. Le dispositif fatal est en place.


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